1. Holy Motors, de Leos Carax (2012)

Treize ans après Pola X, et en attendant son prochain Annette, Leos Carax signait, avec Holy Motors, le film de toutes les audaces narratives et esthétiques. Soit, déclinée dans des styles différents, une journée dans l'existence d'un homme voyageant de vie en vie, pour un zapping étourdissant à la surface du monde et de ses vacillements, doublé d'une réflexion sur le cinéma, et de beaucoup d'autres choses encore. Un rêve de film, aventureux et bouleversant.
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Treize ans après Pola X, et en attendant son prochain Annette, Leos Carax signait, avec Holy Motors, le film de toutes les audaces narratives et esthétiques. Soit, déclinée dans des styles différents, une journée dans l'existence d'un homme voyageant de vie en vie, pour un zapping étourdissant à la surface du monde et de ses vacillements, doublé d'une réflexion sur le cinéma, et de beaucoup d'autres choses encore. Un rêve de film, aventureux et bouleversant.Il fallait assurément le génie de Lars von Trier pour réussir semblable tour de force, un diptyque orchestré autour de deux soeurs aux tempéraments opposés, embrassant, dans une perspective angoissée et sereine à la fois, une fin du monde imminente. Pour composer, à fleur de mélancolie et de dépression, une oeuvre d'une stupéfiante beauté et d'une absolue tristesse, fascinant ballet cosmique tendu vers l'anéantissement. En un mot, visionnaire...Adapté de Patricia Highsmith, Carol orchestre, dans le New York du début des fifties, la rencontre entre deux femmes que tout sépare a priori, début d'une histoire d'amour clandestine qui va bientôt se heurter aux conventions sociales et à l'hypocrisie de l'Amérique de l'époque. Ce qui, devant la caméra de Todd Haynes, se traduit par un mélodrame aux veloutés sensuels, porté à incandescence par Rooney Mara et Cate Blanchett. Un chef-d'oeuvre absolu. En prise sur l'invisible, le cinéma de Naomi Kawase s'inscrit aussi dans une perspective cosmique. Ainsi de Still the Water, récit d'apprentissage mettant en scène deux adolescents de l'île d'Amami à l'heure du premier amour, et se muant en réflexion contemplative sur le cycle de la vie et de la mort, la mémoire et la transmission. Un film ondoyant avec grâce dans la mer de l'existence, et portant l'art délicat de la cinéaste nippone à quintessence.Avec Poetry, le cinéaste coréen Lee Chang-dong, auteur de Secret Sunshine, ciselait le portrait d'une élégante sexagénaire décidant de s'initier à la poésie, sa quête de beauté se heurtant à la violence du monde lorsqu'elle apprend que son petit-fils a été mêlé à un viol collectif. Et un profond dilemme moral de s'ensuivre, au coeur d'un mélodrame qu'une narration sinueuse emmène vers des sommets de grâce feutrée et de mélancolie frémissante..."Heureuse surprise autant que cadeau inespéré", écrivions-nous lors de la sortie de Manchester by the Sea, troisième long métrage à peine de Kenneth Lonergan en une quinzaine d'années. Le réalisateur new-yorkais en situe l'action dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, cadre d'un mélodrame familial pudique s'insinuant au plus profond d'existences malmenées sur les pas de deux acteurs en état de grâce, Casey Affleck et Michelle Williams. Sublime.Première incursion de la réalisatrice de Bande de filles dans le film d'époque, Portrait de la jeune fille en feu explore, dans la Bretagne du XVIIIe siècle, la passion amoureuse naissante entre une portraitiste et celle qu'elle peint en secret. Noémie Merlant et Adèle Haenel illuminent cette histoire d'amour vertigineuse mêlant pudeur et sensualité, tourbillon transcendant son cadre temporel pour s'affirmer résolument moderne dans son élan émancipateur.Signant l'oeuvre d'une vie, le cinéaste néerlandais Michael Dudok de Wit célèbre le cycle de la vie à travers le destin d'un naufragé échoué sur une île déserte, au coeur d'une odyssée animée sans paroles mais d'une stupéfiante beauté. Soit une fable cosmique au trait épuré et au pouvoir proprement ensorcelant, quelque chose comme le croisement entre le Malick des grands jours et l'héritage des studios Ghibli chers à Miyazaki et Takahata...Réalisateur des épatants Darjeeling Limited et autre The Royal Tenenbaums, Wes Anderson s'essayait, avec Fantastic Mr. Fox, à l'animation image par image. Du sur mesure pour un cinéaste cultivant un sens maniaque du détail, et donnant à la confrontation entre le rusé renard et trois fermiers patibulaires un tour aussi délicieusement ébouriffant qu'euphorisant, non sans l'inscrire dans le fil excentrique de son oeuvre. Fantastique, en effet!Avant de signer la série Top of the Lake, Jane Campion s'employait, dans Bright Star, à retracer la relation passionnée ayant uni le poète John Keats à Fanny Brawne, jeune femme à l'indépendance d'esprit affirmée. Manière de célébrer la musique des vers et d'exalter le romantisme dans un film alliant douceur et incandescence, poème visuel sublimant les sentiments de ses deux protagonistes pour tendre vers l'absolu amoureux et la pure beauté.