"On parle du plaisir, et du plaisir sexuel, en osant l'humour et le rire. Rire pendant un rapport sexuel est encore très mal vu. Si on rit, le partenaire pense qu'il y a un problème ("Mais pourquoi tu rigoles?"). Pourtant je ris quand je suis heureuse! Alors pourquoi ne pas adopter ce ton? Le rire est aussi un moyen de faire passer les choses, même quand tu dois par exemple avouer que tu ne connais pas bien ton corps. Les femmes que nous avons interviewées sont très drôles, autant que touchantes. Elles racontent avec beaucoup d'humour. L'humour est une arme assez forte; il fait passer des choses qui sont parfois graves, dures."

Elles ont 24 et 28 ans. L'une (Lisa) est franco-belge et l'autre (Daphné), native de la banlieue parisienne. Toutes deux sont passées par l'Insas, célèbre école bruxelloise de cinéma. Ensemble, elles signent un documentaire essentiel et libérateur. Une prise de parole au féminin pluriel où une douzaine de jeunes femmes entre 20 et 25 ans racontent le parcours de leur sexualité, depuis les premières sensations, les premiers désirs, les premières expériences pas forcément réussies. Le film milite de souvent joyeuse façon pour "une sexualité épanouissante, libre et égalitaire". Il le fait -déjà dans son titre- en brisant le tabou des mots. "C'est un titre militant. Il est politiquement très important de bien nommer les choses. Le plaisir féminin, il y a je ne sais combien de métaphores pour l'évoquer. Nous, on voulait dire très concrètement les choses. Dire où est le clitoris, sa taille, le fait qu'il est érectile, qu'il se gonfle de sang, qu'un orgasme dure cinq secondes environ. D'où les petites séquences didactiques expliquant tout ça. Le poids des mots est pour nous essentiel, on préfère ne pas parler de "vagin" mais de "vulve", on voudrait que le mot "préliminaires" ne soit plus utilisé car il suppose que l'acte sexuel vient après, que ce qui se passe avant la pénétration n'est pas du sexe... Tant de parties du corps féminin ont étés nommées par des hommes, le corps des femmes est encore trop souvent soumis au regard masculin, le point de vue masculin sur la sexualité veut toujours le dominer. Aux femmes de se réapproprier leur propre corps, de dire leur propre ressenti!"

Pour le plaisir

L'idée du film est née d'échanges entre les réalisatrices et avec des femmes de leur entourage. Des échanges dont la liberté, la spontanéité se retrouvent dans Mon nom est clitoris, où les témoignages non dirigés composent un ensemble extraordinairement révélateur. "Il y a des lapsus, des paradoxes qui montrent l'intériorisation du discours dominant masculin. C'est chouette de voir dans le film des personnes qui réfléchissent en même temps qu'elles parlent, qui ne sont pas dans le discours. Elles ont fait du chemin depuis le tournage, elles ont évolué et ça leur paraît parfois un peu gênant de se revoir parler, quatre ans plus tard..." Lisa Billuart Monet et Daphné Leblond ont fait le choix très fort d'apparaître elles-mêmes dans le film, de dialoguer avec les interviewées en exposant par moment leur propre expérience. Une proximité clairement revendiquée. "Nous ne voulions pas nous positionner en tant qu'expertes, mais être au même niveau que les autres. On avait le même âge, les mêmes soucis dans la sexualité. C'est bien aussi de montrer une écoute, de figurer à l'écran. Il y a comme une ambiance de soirée pyjama, une atmosphère de totale confiance, de partage. Si elles ont cette facilité de parler, c'est parce qu'il y a échange. Mais nous ne leur disions pas notre propre expérience, notre point de vue, avant leur prise de parole. C'était seulement en réaction à ce qu'elles-mêmes avaient dit en premier. Il ne fallait pas les influencer."

Mon nom est clitoris a été tourné "à la cool", alors que les réalisatrices étaient encore aux études et qu'il n'y avait aucune production engagée dans le projet. Les jeunes femmes qui s'y livrent devant la caméra sont tellement présentes à l'image que le film se regarde au présent, comme si on était là, que tout ce qui se dit se dit à l'instant. Loin du côté "conserve" qu'a parfois le documentaire et loin aussi du côté démonstratif qu'a souvent le cinéma militant. Cette oeuvre est importante, et mérite la plus large diffusion, tant sa tranquille audace vient bousculer un tabou toujours fort ici comme ailleurs. Et tant est crucial son propos sur un plaisir libéré des contraintes d'un ordre patriarcal obsolète... Même s'il ne le sait pas encore.

Mon nom est clitoris ****(*)

De Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet. 1h20. Sortie: 20/11.

Qu'il était nécessaire, et qu'il est réussi, ce film réalisé en tandem par deux jeunes cinéastes n'ayant pas froid aux yeux! Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet y recueillent les confidences de jeunes femmes à propos de leur découverte de la sexualité, de leur rapport au plaisir, de ce clitoris qui s'affiche fièrement dans le titre et que des tabous tenaces maintiennent encore trop souvent dans une ombre hypocrite, quand elle n'est pas malveillante ou résultant d'une déplorable ignorance. Les témoignages sont épatants d'intelligence, de drôlerie aussi souvent, même si des souvenirs dramatiques y sont aussi évoqués. Mon nom est clitoris est un film libre, lumineux, didactique sans aucune lourdeur, accordé au plaisir qu'il veut situer à la place qu'il mérite. Une oeuvre diablement utile, en plus d'être émouvante, réjouissante, et vraie!