Auteur avec La Traversée du temps, Summer Wars, Les Enfants loups, Ame et Yuki ou encore Le Garçon et la Bête de longs métrages à la fantaisie débridée justement célébrés, Mamoru Hosoda a toujours su trouver le point d'équilibre magique entre la poésie et la signifiance, l'évasion pure et l'apprentissage émotionnel. Nouvelle production animée travaillée par l'idée d'un cycle de vie, où passé, présent et futur communiquent et se répondent, Miraï épouse le point de vue de Kun, un petit garçon de quatre ans, fan des trains à grande vitesse Shinkansen, dont la jeune existence se voit un beau jour chamboulée par la venue au monde de sa petite soeur. Mis à mal par la nécessité de se trouver une nouvelle place dans un foyer en pleine évolution, il va devoir apprendre à dompter ses angoisses et ses frustrations d'enfant en déficit temporaire d'attention, comme autant de marqueurs spécifiques de la peur universelle de l'abandon et du désamour. Perspective qui l'amène à vivre des aventures fabuleuses depuis le jardin de son domicile, où un chêne dépositaire du folklore familial lui offre la possibilité de côtoyer les siens à divers âges de leur vie...

Porté par une animation limpide, d'une fluidité absolue, Miraï, qui signifie "l'avenir" en japonais, propose un formidable voyage intérieur à hauteur d'enfant sous les dehors très humbles, voire même un peu répétitifs, de sa mécanique de narration (les ouvertures systématiques vers le fantastique au pied de l'arbre). Il y a chez Hosoda cette stupéfiante habileté à partir de l'infiniment petit pour tendre vers l'infiniment grand, et inversement -le réalisateur nippon encadre d'ailleurs son film d'un zoom et d'un dézoom plongeant sur le quartier résidentiel de Yokohama où se déroule l'action de Miraï, manière de dire que les joies et les peines qui animent cette maison sont bien sûr très semblables à celles que connaissent toutes les autres. Les percées vers l'imaginaire traversant le film et ses tranches de vie très quotidiennes ne font ainsi pas seulement écho à un simple héritage familial, elles englobent et renvoient à la culture et à l'Histoire de la péninsule même. En immense cinéaste de la construction identitaire, Mamoru Hosoda y revisite au fond ses obsessions d'auteur (le voyage dans le temps et la question de la transmission, notamment) avec une maîtrise et une audace folles, que la délicatesse de son regard porte à un rare degré d'incandescence -voir l'incroyable séquence de la gare, parmi d'autres. Un grand film qui n'en a pas l'air!

De Mamoru Hosoda. 1h38. Sortie: 27/02. ****

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