Wonder-boy du cinéma new-yorkais, Noah Baumbach poursuit, depuis une bonne vingtaine d'années maintenant, un parcours sans faute qui l'a conduit de The Squid and the Whale (Les Berkman se séparent) à Greenberg, de Frances Ha à While We're Young notamment. Si The Meyerowitz Stories, son dernier opus, déclinait un brin paresseusement sa mécanique allénienne, laissant craindre un fléchissement de son inspiration, Marriage Story arrive à point nommé pour rassurer ses aficionados. Produit, comme le précédent, sous l'égide de Netflix (et ne bénéficiant à ce titre que d'une sortie limitée en salles), le film voit, en effet, le cinéaste retrouver sa zone de confort avec une histoire faisant largement écho à sa filmographie antérieure -en particulier Les Berkman se séparent puisque, comme dans ce film fondateur, il est ici question de divorce. Le point de vue est cependant différent, à celui des enfants se substituant aujourd'hui celui des parents.

Accords et désaccords

Soit donc Nicole (Scarlett Johansson) et Charlie (Adam Driver), respectivement actrice et metteur en scène de théâtre, un couple idéal, distant toutefois d'un continent en plus de leur désaccord intime lorsqu'on les retrouve, elle partie à Los Angeles tourner une série, lui resté à New York. Et le récit de passer bientôt de l'un à l'autre, chronique d'une séparation s'ouvrant sur l'énumération, par Charlie, des qualités de Nicole, à la demande d'un médiateur. Et de donner le ton d'un film qui, s'il se situe dans l'oeil du cyclone alors que s'ouvre bientôt le ballet des avocats, déversant avec lui des torrents d'amertume, en prend pour contrepoint un mariage heureux, avant que la vie, avec ses faiblesses et ses malentendus, ne vienne, insensiblement, y inoculer le désamour, dévastateur.

Le sujet n'est sans doute pas neuf, et Marriage Story n'est pas sans évoquer Kramer contre Kramer de Robert Benton, par exemple. Pour autant, Noah Baumbach donne au propos un tour résolument personnel, explorant, avec sa finesse d'écriture coutumière, les ressorts douloureux de ce divorce dans un mélange de rigoureuse précision et d'empathie. Non sans l'inscrire aussi dans le droit fil d'une filmographie articulée autour de la recherche d'identité. Une perspective que le réalisateur aère d'une forme d'humour n'appartenant qu'à lui -avec notamment un grand numéro de Laura Dern en avocate. Scarlett Johansson et Adam Driver sont, pour leur part, absolument imparables sous les traits de ce couple s'étant tant aimé. Alliant esprit, intensité et vulnérabilité, leurs compositions portent le film à délicate incandescence. La rupture consommée, reste l'émotion, bouleversante...

De Noah Baumbach. Avec Scarlett Johansson, Adam Driver, Laura Dern. 2 h 16. Sortie: le 27/11. Diffusion sur Netflix à partir du 06/12. ****