Une cinquantaine d'adaptations au cinéma et une trentaine sous forme de séries ou de téléfilms témoignent de la relation fidèle, féconde, entre Stephen King et les écrans. Si quantité et qualité ne vont pas nécessairement de pair, c'est particulièrement vrai à la télévision, où son oeuvre n'a pas toujours été adaptée à la hauteur des attentes (voir ci-dessous). Alors que durant les années 90 les incarnations télé de l'oeuvre de King étaient cantonnées à des séries B aux ambiances pop corn, délirante et maladroites, la tendance s'est inversée. Mr. Mercedes et le tout récent The Outsider (diffusée actuellement sur BeTV) ont prouvé la compatibilité entre les grammaires littéraires du créateur de Ça et Shining et celles, télévisuelles, capables de donner naissance à des fictions léchées, dignes de cette icône de la pop culture.
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Une cinquantaine d'adaptations au cinéma et une trentaine sous forme de séries ou de téléfilms témoignent de la relation fidèle, féconde, entre Stephen King et les écrans. Si quantité et qualité ne vont pas nécessairement de pair, c'est particulièrement vrai à la télévision, où son oeuvre n'a pas toujours été adaptée à la hauteur des attentes (voir ci-dessous). Alors que durant les années 90 les incarnations télé de l'oeuvre de King étaient cantonnées à des séries B aux ambiances pop corn, délirante et maladroites, la tendance s'est inversée. Mr. Mercedes et le tout récent The Outsider (diffusée actuellement sur BeTV) ont prouvé la compatibilité entre les grammaires littéraires du créateur de Ça et Shining et celles, télévisuelles, capables de donner naissance à des fictions léchées, dignes de cette icône de la pop culture. C'est aussi que la marque Stephen King a doucement infusé dans les oeuvres de showrunners fascinés. Avec Stranger Things, par exemple, les frères Duffer se sont réclamés de la lignée du King. Les influences n'étaient pas absentes non plus du Lost de J.J. Abrams, le même qui, avec la série Castle Rock, a amalgamé dans un beau kaléidoscope des éléments tirés des oeuvres de l'écrivain natif de Portland -de la même manière que ce dernier a fait voyager certains protagonistes et archétypes d'un livre à l'autre. La matière narrative et les obsessions de Stephen King sont donc désormais prises au sérieux. Et c'est particulièrement vrai avec The Outsider, adapté par le scénariste Richard Price (The Deuce, The Wire) et l'écrivain Dennis Lehane (Mystic River, Gone, Baby, Gone). La série réunit deux éléments récurrents de l'oeuvre de Stephen King: les tourments d'une communauté (familiale, civile...) qui se disloque et la figure monstrueuse, insaisissable et universelle du croquemitaine. Démarrant sur un schéma d'enquête policière ultra-balisé à la télé (la découverte d'un jeune corps atrocement mutilé, l'impact de l'enquête sur les habitants d'une petite bourgade bien sous tous rapports), The Outsider glisse doucement vers l'horreur et questionne la fin des certitudes empiriques, la logique s'effaçant derrière le cauchemar surnaturel. "Les Experts sous somnifères" ("like CSI on sleeping pills"), titrait le quotidien The Guardian à propos de The Outsider. D'une lenteur presque narcotique, atmosphérique, contemplative, glissant doucement mais sûrement vers le cauchemardesque, The Outsider renoue avec le rythme patient des premières grandes productions révolutionnaires d'HBO (The Sopranos, Six Feet Under). Soutenus par un casting vibrant (Ben Mendelsohn, Cynthia Erivo, Julianne Nicholson), Price et Lehaene ont adapté très librement le livre paru en 2018 et en ont fait une sorte de slow thriller, qui laisse le pressentiment et l'angoisse s'installer, sans leur donner toute de suite l'occasion de se libérer, en retardant les sursauts horrifiques. Il en ressort une certaine esthétique du désespoir, de la perte, comme l'adaptation à la lettre de cette maxime ultra-célèbre du King lui-même: " Les monstres sont réels, les fantômes aussi, ils vivent à l'intérieur de nous. Et parfois... Ils gagnent ".