Film d'aventures de John Huston. Avec Humphrey Bogart, Katharine Hepburn, Robert Morley. 1951. ****(*)
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Dix ans après ce grand film noir qu'est Le Faucon maltais et 3 ans après les intenses Key Largo et Le Trésor de la Sierra Madre, le grand réalisateur John Huston et l'acteur star Humphrey Bogart font pour la quatrième fois cause commune dans un autre classique. L'Odyssée de l'African Queen adapte le roman de C.S. Forester avec Bogart dans le rôle du baroudeur naviguant avec son bateau (l'African Queen du titre) sur les fleuves et rivières d'Afrique orientale à l'heure de la Première Guerre mondiale. Un pasteur britannique (Robert Morley) et sa soeur (Katharine Hepburn) se retrouveront à son bord pour une aventure qui verra bientôt le capitaine et la missionnaire se retrouver seuls sur le pont... De quoi générer une confrontation majeure entre deux comédiens au sommet de leur art, filmés par Huston dans la région de Kisangani au Congo et... dans un studio anglais pour les séquences aquatiques. L.D.Les héros sont fatigués. Les anti-héros encore plus. Alors quand ils sont flics...Preyoffre en deux saisons deux histoires policières différentes, mais reliées par la hiérarchie qu'incarne la détective Reinhardt (Rosie Cavaliero). Le premier volet passe l'agent Marcus Farrow de la police de Manchester au rouleau compresseur avant de l'éparpiller façon puzzle. Accusé à tort du meurtre sauvage de son ex-femme et de ses fils, comprenant qu'il est au centre d'un complot visant à le faire tomber, il prend la tengente et entre dans une folle course contre la montre pour trouver les assassins et en même temps sauver sa peau. Si ce n'est pas la meilleure manière de prouver son innocence à sa supérieure, c'est le point de départ d'une intrigue qui distribue les coups de poings et les coups de force visuels, n'hésitant pas à traîner littéralement son protagoniste principal dans la boue et les carambolages, dans une cavalcade nourrie au trauma et à la dépression latente. En trois épisodes, Chris Lunt parvient à installer Farrow en flic chiffoné, essoré, mais puisant dans ses ultimes forces -bien aidé par la prestation au bout du scotch de John Simm (Doctor Who, Life on Mars)- et à faire sentir les rouages invisibles mais implacables de la machination, rythmée par des dialogues d'où transpire la verve mancunienne. N.B.Ça aurait pu être le titre d'un film porno homo et vous avez bien évidemment déjà repéré le parallèle avec le roman érotico-sado-maso qui a fait frissonner bobonne. Ne mettez pas encore les enfants au lit. 50 Nuances de Grecs est la nouvelle série courte et humoristique d'Arte. L'adaptation, comme le décapant Tu mourras moins bête, d'une bande dessinée. La version animée, comme Silex and the City, d'une oeuvre de Jul (elle aussi d'ailleurs réalisée par le studio Haut et Court). Après s'être penché sur la Préhistoire, le dessinateur et scénariste s'attaque à la mythologie et se promène dans la Grèce antique. Enfin, une Grèce antique où les cyclopes portent des Ray-Ban, où Narcisse est accroc à la perche à selfie, Ulysse et Pénélope voyagent avec Air Pégase, Hercule se fait recaler à l'Acropôle Emploi et Thésée cherche le garage du roi Midas pour retrouver le Minotaure dans un labyrinthe construit par Dédale... Redonner vie à la mythologie en la projetant dans notre quotidien moderne, Jul avait déjà fait le coup avec l'Âge de pierre. Et ça marche toujours aussi bien avec Achille, son talon et Jupiter.Créée en 2017 avec le philosophe, écrivain et journaliste Charles Pépin (ils avaient déjà signé ensemble La Planète des Sages et Platon La Gaffe), la bande dessinée se décline en 30 épisodes décalés et savoureux de trois minutes, diffusés du lundi au vendredi sur Arte après le journal d'Elisabeth Quin.Les épisodes s'appellent Chérie, j'ai englouti les gosses, Règle de Troie, Entre les murs, Moi, mioches et méchant... Zeus se débat avec ses 848 demandes de pensions alimentaires. Pan est mis en examen pour ses liens avec le proxénète Dionysos-la-Saumure... 50 Nuances de Grecs joue avec les mots, les stéréotypes, l'actualité et les références. On parle retards de chantier et compagnies low-cost. Sites de rencontre et reconversion professionnelle. Reconnaissance paternelle et harcèlement sexuel... Encyclopédie drôle, savante et irrévérencieuse, la série animée peut aussi compter sur un casting et des voix de choix. Cécile de France en Artémis, Philippe Torreton en Zeus, Valérie Lemercier en Pénélope... Stéphane Bern fait parler Orphée, Alex Vizorek, Jason et Charline Vanhoenacker, Ludovine... Vachement malin et franchement drôle. Julien BroquetParce que la fille d'un de ses vieux amis a été enlevée, au Japon, par un chef yakusa, Harry Kilmer prend le premier vol pour le pays du soleil levant. Détective privé à la retraite, Harry va se charger de retrouver la kidnappée et de la faire libérer. Une tâche d'autant plus difficile que les codes du milieu du crime nippon sont très particuliers... Yakusa combine de fascinante manière thriller à suspense haletant et exploration du choc des cultures. Robert Mitchum trouve -tardivement- un de ses tout meilleurs rôles dans cet excellent film écrit par les non moins excellents scénaristes Paul Schrader, Leonard Schrader et Robert Towne. À la réalisation, Sydney Pollack dirige à merveille un ensemble où brille aussi le grand comédien Ken Takakura, surnommé en Asie "le Clint Eastwood japonais" et qu'on reverra en 1989 dans Black Rain de Ridley Scott. L.D.Le sexe, c'est un peu comme les frites McCain. C'est souvent ceux qui en parlent le moins qui en "mangent" le plus. D'où toute la difficulté d'en faire un objet d'étude. Réalisateur, historien et anthropologue, Sylvain Desmille s'interroge sur la révolution sexuelle. Ou plutôt devrait-on dire LES révolutions sexuelles? La première enquête statistique et objective sur les habitudes au lit est l'oeuvre du zoologue Alfred Kinsey et remonte au milieu du XXe siècle. La science abandonne alors le camp de la morale chrétienne. Mais quand commence vraiment cette révolution? Juste avant ou après la deuxième Guerre mondiale? Avec le premier mouvement d'émancipation des femmes? Suffragettes en Angleterre, Flappers aux États-Unis, Garçonnes en France? Dans les années 60 et le sillage du mouvement hippie ? En 1967 avec le Summer of love ou en 1970 avec l'avènement du second mouvement féministe? Historiens, sociologues, écrivains, cinéastes... se pressent ici pour retracer un long, douloureux, jouissif et nécessaire processus encore aujourd'hui inachevé. À l'aide de nombreuses images d'archives et d'un paquet d'interviews, ce documentaire en deux parties raconte l'arrivée du bikini et de la mini-jupe, la liberté sexuelle selon Kerouac, l'importance de Brigitte Bardot, les mentalités en Europe du nord et l'apparition des moyens de contraception. Mais aussi, dans son second volet, la sexualité dans le communisme, l'émancipation féminine, la révolution homosexuelle, les cours de "jouir bien", l'industrie pornographique, le combat pour l'avortement et la lutte transgenre. Passionnant. J.B.Dans la case des comédies romantiques sapant l'image du couple à coup d'humour noir, Love (Judd Apatow, sur Netflix), avec sa poésie lo-fi, faisait figure de taulier inamovible. C'était sans compter sur You're the Worst, bravade drôle et iconoclaste signée Stephen Falk (scénariste de Weeds et Orange is the New Black) mettant aux prise plus qu'en relation deux forts en gueules inadaptés, Gretchen (Aya Cash) et Jimmy (Chris Geere), irrémédiablement attirés l'un par l'autre mais que des blessures trop enfouies font jouer au jeu de "Tu me fuis, je te suis; je te tiens, tu me tiens; tu me prends, je te quitte". La scène d'ouverture, à l'issue de laquelle ils se rencontrent puis baisent tout en se répétant ne rien ressentir l'un pour l'autre, donne le ton d'une comédie puissante qui incarne bien la déroute contemporaine du couple. Et souligne le courage de ceux qui ont trop souffert pour parvenir à aimer se lover dans un plaid, s'engouffrant dans une autarcie fusionnelle qui finira tôt ou tard par s'autodétruire. Langage crus, scènes de cul, blessures et nerfs à vifs, Gretchen et Jimmy fracassent tout, font l'amour et se jettent comme des Kleenex, comme pour étouffer de leurs propres cris la douleur qui hurle en eux. Sans cynisme, la série montre une tendresse infinie pour ses personnages, anti-conformistes non par choix mais faute de mieux. Et c'est avec des dialogues tissés dans le fil doré le plus fin que You're the Worst parvient à émouvoir à travers la fureur, l'humour, l'alcool, la fumée et le stupre. N.B.Le petit et le grand écrans filent plus que jamais le parfait amour avec l'oeuvre de Stephen King . Mais jamais l'auteur deChristine, It, Carrie et Shiningn'avait embrassé -et avec quelle intensité!- la forme du polar. C'est probablement ce qui fait de cette adaptation de Mr. Mercedes, publié en 2014, une réussite: l'alliance entre le meilleur du thriller et du policier. Transposée par David E. Shelley, la série qui vient d'entamer sa deuxième saison sur la chaîne américaine Audience préserve encore l'aura menaçante et le suspense alangui qui ont forgé la part d'ombre de Big Little Lies, dont il était le coproducteur avisé. Définitivement sorti de cette télé "divertissante mais un peu intelligente" qui a fait sa fortune (Ally McBeal, Boston Public), Shelley lâche définitivement la bride et épouse pleinement le monde sanglant, cru, acerbe et carrément flippant de Stephen King. Il met en exergue la manière dont ce dernier, à travers l'horreur, peut enclencher une allégorie du monde alentours et dessiner des personnages avec le souci du détail et de la normalité déviante. La première scène, glaçante et à la limite de l'insoutenable, fait se téléscoper la crise économique qui frappe les plus démunis et ces conducteurs fous qui, de Nice à Ferguson, ont tué des innocents et hypnotisés les médias. Un malade caché sous un masque de clown (encore un) fonce au volant de sa Mercedes dans une file de chômeurs formée à l'aube, laissant derrière lui 16 tués -dont un bébé- et des dizaines de blessés. Quelque années plus tard, le policier chargé de l'enquête, Bill Hodges (Brendan Gleeson), prend sa pension sans avoir réussi à l'élucider. Hanté par une mauvaise conscience aussi envahissante qu'une vigne vierge, il se fait rappeler au bon souvenir de l'assassin, qui pirate son ordinateur et le met sous étroite surveillance, l'abreuvant de vidéos insoutenables des victimes et de l'attentat. Ce psychopathe n'est autre qu'un certain Harry, fils unique traumatisé employé d'un magasin d'informatique, pervers polymorphe, génie foudroyé de colère et d'instincts de prédateur. Dans cette histoire où le chasseur devient la proie, Hodges, joué par un Gleeson qui parvient à reproduire l'énergie d'un éléphant de mer affalé sur les rochers, est engagé par la soeur de la propriétaire de la fameuse Mercedes, évidemment volée, et qui a été poussée au suicide par Harry. Il prend l'enquête à son compte, aidé par son jeune voisin, génie de l'informatique. Shelley prend un soin particulier à sculpter la psyché des deux antagonistes. Pour Harry, il le fait avec une subtilité proportionnelle au potentiel flippant que dégage l'acteur Brady Hartsfield. Dans ce drame intimiste aux sursauts effrayants, à la construction retorse, rythmée par une bande son parfaitement raccord (Ramones, Leonard Cohen), les seconds rôles Lou Linklatter, Kelly Lynch et Mary-Louise Parker sont éblouissantes et tirent leur épingle d'un jeu dangereux, terrifiant, mais teinté d'un humour bien grinçant.Porté par la vague des teen series qui pullulent sur sa plateforme, Netflix a adapté cette histoire vraie d'une fille anciennement obèse et devenue, par la grâce de mâchoires fracturées et conséquemment ligaturées, une bimbo prête à tout pour se venger de ses harceleurs. Appuyée par un avocat promoteur de concours de beauté frappé par la disgrâce, elle va méticuleusement faire payer ses tortionnaires. Accusée de grossophobie dès sa sortie, la série, maladroite dans le développement de thématiques qui auraient pu faire mouche (harcèlement, empowerment, tyrannie des apparences), souffre surtout d'une mise en scène grossière, racoleuse, quand elle ne s'affranchit pas purement et simplement de toute forme de cohérence. N.B.