1. Death Stranding (Sony Interactive Entertainment, Kojima Production, sur PS 4, 2019)

Depuis 25 ans, Hideo Kojima marie comme nul autre cinéma, jeu vidéo et commentaire social avec Metal Gear. Death Stranding s'impose comme son chef-d'oeuvre. Les likes des réseaux sociaux, la gig economy, la mort, la paternité et l'effondrement de notre société cimentent cette incroyable odyssée SF sobre et flippante.
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Depuis 25 ans, Hideo Kojima marie comme nul autre cinéma, jeu vidéo et commentaire social avec Metal Gear. Death Stranding s'impose comme son chef-d'oeuvre. Les likes des réseaux sociaux, la gig economy, la mort, la paternité et l'effondrement de notre société cimentent cette incroyable odyssée SF sobre et flippante.Héritier direct d'Another World et Ico, Journey de Jenova Chen taille un monde minéral et mystique sublime. Ce plateformer évanescent et poétique plane sans un mot avec le joueur pour évoquer la mort. Son influence sur une foule d'indés comme Rime le hisse sans peine comme une référence culte. Le pouvoir d'empathie du jeu vidéo le distingue des autres médias. This War of Mine le prouve avec brio en se glissant dans la peau de civils en temps de guerre, tout en évacuant les notions de bien et de mal. Loin d'être ronflant et moralisateur, cette évocation du siège de Sarajevo prouve qu'un grand jeu vidéo peut avoir une conscience.Floutant comme nul autre les barrières entre jeu vidéo et cinéma d'animation, Inside réveille des terreurs infantiles suggérées dans un univers industriel déglingué. Ce jeu de plate-forme monochrome et radical des créateurs de Limbo se pose comme le fils spirituel doué d'Another World.GTA: Vice City a bouleversé les open world dans les années 2000 et Witcher 3: Wild Hunt reprend le flambeau dans cette décennie. Aussi doué que le Seigneur des Anneaux et Game of Thrones dans sa narration, cet action RPG aux airs de roman noir gratte également les zones grises d'une humanité aux abois, rongée par la culpabilité. Attention, fresque clef. Avec le talent d'un Ghibli et d'un Disney, Breath of the Wild suspend le temps dans un monde ouvert à l'émerveillement perpétuel. Son royaume bâti sur les ruines d'un ancien monde incompris fascine. Misant sur l'intelligence du gamer, cet action RPG se drape de combats d'une richesse désarmante, d'escalades folles et de personnages attachants. À la recherche d'une autoroute souterraine abandonnée, Kentucky Route Zero boulverse les point & clicks au fil de visuels notamment inspirés du Blanc Seing de Magritte. Ce jeu d'aventure saluant également le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene emprunte encore la temporalité narrative de William Faulkner dans Le Bruit et la Fureur. Un trip à couper le souffle.Les adaptations de films en jeux vidéo ne crèvent jamais l'écran. Mais Alien: Isolation frémit comme l'exception à la règle. Jouant notamment sur les bruits du gamer, ce jeu d'infiltration lent et intelligent réinterprète avec brio les codes du Huitième Passager de Ridley Scott. Un huis clos rétrofuturiste dingue. Aligner, superposer et grossir les vignettes animées de Gorogoa multiplie les réalités jusqu'à plonger le gamer dans un état d'hypnose. Ce puzzle game évoquant notamment la vieillesse et la guerre tisse comme nul autre des liens entre jeu- vidéo et bande dessinée. Une aventure poétique et insaisissable, entre Art Nouveau et architecture maure.Inventeur des FPS dans les 90's, Wolfenstein revient d'entre les morts avec une rage et une tension tarantinesques. Cette formidable uchronie aux relents de série B trash réécrit l'Histoire en plantant son action dans un Troisième Reich gouvernant la Terre. Donnant l'illusion de la surpuissance au gamer pour ensuite mieux le tuer, son gameplay halluciné a signé un pacte avec le diable.