Les artisans indés du pixel 2D multiplient les jeux vidéo passionnants. Ces dernières années, Owlboy, Rain World et Iconoclasts pratiquaient ainsi avec talent un gaming lo-fi ressuscitant les belles heures de la Super Nintendo. Pour sa part The Messenger souffle sur les braises de Metroid. Mais il ne dévoile pas immédiatement ce ressort ludique axé sur l'exploration de niveaux vus de profil. Le jeu en trompe-l'oeil se vit en effet en deux temps. Le tout s'ouvre comme un jeu d'action et de plateforme en hommage à Ninja Gaiden, série culte de la ludothèque NES.
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Les artisans indés du pixel 2D multiplient les jeux vidéo passionnants. Ces dernières années, Owlboy, Rain World et Iconoclasts pratiquaient ainsi avec talent un gaming lo-fi ressuscitant les belles heures de la Super Nintendo. Pour sa part The Messenger souffle sur les braises de Metroid. Mais il ne dévoile pas immédiatement ce ressort ludique axé sur l'exploration de niveaux vus de profil. Le jeu en trompe-l'oeil se vit en effet en deux temps. Le tout s'ouvre comme un jeu d'action et de plateforme en hommage à Ninja Gaiden, série culte de la ludothèque NES. "J'y étais presque, encore un essai. Ce sera le dernier." Répété à l'infini, le monologue mental que The Messenger provoque relève de l'addiction. Pièce maîtresse de son périple, ses phases acrobatiques se vivent dans l'allégresse. D'une escalade murale zébrée de lasers mortels à un vol plané entre des pics acérés, le trompe-la-mort coiffé d'une prise en main millimétrique place le curseur de sa difficulté vers le haut. Les Québécois de Sabotage Studio ne suivent heureusement pas la mode du "Die and Retry"(1). Mais les game over (plus de 200 dans notre cas) y sont fréquents. À tel point que chaque KO se solde par un commentaire désobligeant d'un esprit ramenant le gamer à la vie. Exigeant mais jamais énervant, The Messenger aligne d'ailleurs les répliques jubilatoires à chaque coin de pixel. De la mauvaise foi d'un commerçant itinérant (et interdimensionnel!) à la chorégraphie improbable d'un couple de culturistes orcs, les indés canadiens brisent souvent le quatrième mur, en accumulant des personnages attachants. Impossible de ne pas sourire, d'autant que la BO chiptune tape du pied. De quoi élever le scénario fluo kitsch du jeu, soit un apprenti ninja face à une invasion de démons. Lancer des shuriken (en quantité limitée) et fendre l'air avec son sabre pour saigner des démons sont des pratiques courantes sur The Messenger. Mais le coeur du jeu bat surtout au fil d'un double saut. La frappe d'un adversaire ou d'un objet en plein vol offre ainsi un rebond salvateur. Finaud, Sabotage Studio exploite ce filon pour des séances de parkour dans les nuages ou face à des boss de fin de niveau au point faible haut perché. Frapper sans cesse la manivelle d'une plateforme géante pour l'élever tout en éliminant les adversaires. Glisser sur un sol gelé pour atterrir aux pieds d'un adversaire. D'un trampoline à un interrupteur ouvrant des portes temporairement distantes, The Messenger varie sans cesse les situations. Sa seconde moitié se paie même le luxe d'une approche visuelle et ludique en mutation. Mais il baisse alors de rythme. Et le rush de fin de développement se ressent. Adoubé publiquement par Hideo Yoshizawa (le producteur des Ninja Gaiden), le jeu canadien n'en demeure pas moins son meilleur hommage à ce jour. De quoi augurer de belles choses pour le nouvel épisode de la contre-utopie cannibale d' Oddworld(2) que Sabotage Studio prépare actuellement.