Les monteurs ont généralement vocation à rester dans l'ombre. Mais si son nom n'est guère familier du grand public, la réputation de Nico Leunen n'est plus à faire, le technicien bruxellois comptant parmi les plus appréciés de la profession. Au point que, non content d'avoir largement contribué à l'essor du cinéma d'auteur flamand -son nom est notamment indissociable de ceux de Fien Troch, par ailleurs sa compagne à la ville, mais aussi de Felix van Groeningen, dont il a monté tous les films-, il est aussi régulièrement sollicité pour faire des "piges" sous d'autres latitudes. Après avoir été appelé à la rescousse par Brad Pitt sur Ad Astra, son actualité reste ainsi essentiellement américaine, puisque l'on peut découvrir ces jours-ci Skate Kitchen, le film sur le skateboard qu'il a tourné à New York avec Crystal Moselle, la réalisatrice de The Wolfpack, de même que Betty, la mini-série qu'a produite HBO dans la foulée. "Mon nom a été suggéré par le réalisateur italo-américain Jonas Carpignano, dont j'avais monté Mediterranea. C'est un ami de Crystal, elle était à la recherche de quelqu'un, et ça a très bien marché entre nous...

Les monteurs ont généralement vocation à rester dans l'ombre. Mais si son nom n'est guère familier du grand public, la réputation de Nico Leunen n'est plus à faire, le technicien bruxellois comptant parmi les plus appréciés de la profession. Au point que, non content d'avoir largement contribué à l'essor du cinéma d'auteur flamand -son nom est notamment indissociable de ceux de Fien Troch, par ailleurs sa compagne à la ville, mais aussi de Felix van Groeningen, dont il a monté tous les films-, il est aussi régulièrement sollicité pour faire des "piges" sous d'autres latitudes. Après avoir été appelé à la rescousse par Brad Pitt sur Ad Astra, son actualité reste ainsi essentiellement américaine, puisque l'on peut découvrir ces jours-ci Skate Kitchen, le film sur le skateboard qu'il a tourné à New York avec Crystal Moselle, la réalisatrice de The Wolfpack, de même que Betty, la mini-série qu'a produite HBO dans la foulée. "Mon nom a été suggéré par le réalisateur italo-américain Jonas Carpignano, dont j'avais monté Mediterranea. C'est un ami de Crystal, elle était à la recherche de quelqu'un, et ça a très bien marché entre nous. Depuis quelques années, j'essaie de trouver plus de projets de la sorte, où je suis recommandé par quelqu'un." Une filière vertueuse, en somme, pour celui qui confie encore apprécier "de pouvoir travailler avec des gens qui ne soient pas seulement talentueux, mais se trouvent aussi être de belles personnes."Sa passion pour le cinéma, Nico Leunen la fait remonter à ses années de lycée, à Borgerhout, sous la conduite d'un professeur de langues éclairé. "J'étais dans un lycée jésuite assez strict, et j'ai échoué en cinquième et en sixième, à cause des mathématiques, mais j'étais fort en langues, en anglais et en néerlandais en particulier, parce que j'avais un prof passionné. Il organisait cinq ou six fois par an un film forum où nous allions voir un film d'auteur qui venait de sortir au cinéma. C'est ainsi que j'ai découvert Do the Right Thing de Spike Lee, Le Festin de Babette de Gabriel Axel, ou encore Ju Dou de Zhang Yimou, que je n'aurais jamais vus normalement, et qui m'ont inoculé cette passion. D'autant plus que ce prof nous donnait une introduction d'une heure, et faisait encore une analyse d'une heure le lendemain de la projection. C'était vraiment des cours de cinéma avant la lettre, que j'ai eu la chance de suivre pendant quatre ans avant d'entrer à l'école de cinéma." Cap sur Bruxelles, où il intègre Sint-Lukas, où le montage s'avère une évidence. Et de bientôt exercer son talent naissant auprès de la jeune garde du cinéma flamand indépendant qui éclot au milieu des années 2000. Steve + Sky de Felix van Groeningen, Een ander zijn geluk de Fien Troch, Khadak de Peter Brosens et Jessica Woodworth, et beaucoup d'autres par la suite: la filmographie de Nico Leunen reflète cette effervescence. Elle s'ouvre, le moment venu, à de nouveaux horizons lorsque Ryan Gosling fait appel à lui pour tenter de sauver ce qui peut l'être sur Lost River, en 2014 - "une réaction en chaîne, comme il les appelle, où une rencontre en appelle une autre. Mais le plus important, plus que de travailler ici ou là, c'est qu'il s'agit toujours de gens avec qui je pourrais partager une chambre." Son intervention sur Lost River est décisive, le film se retrouvant en sélection à Cannes. "Je suis arrivé à Los Angeles avec un jetlag énorme. J'étais là, mais dans une autre dimension. C'était tard le soir, j'étais crevé, dans cet état étrange et, plus bizarre encore, Ryan Gosling se trouvait devant moi. Il m'a demandé si je voulais voir le film, j'ai dit oui, et je l'ai découvert dans cette autre dimension. J'ai détecté trois problèmes, j'en ai tiré trois conclusions et on s'est employés à les résoudre." L'affaire de quelques mois quand même, à chercher dans la matière accumulée. Et un résultat qui lui vaudra la reconnaissance de Gosling, qui nous confiait à Cannes: "Nico est un monteur incroyablement intuitif. Rien ne vient du style pour la seule recherche du style, ça vient toujours des personnages et des émotions, c'est cela qui crée le style..."Une expérience n'est pas l'autre, cependant, comme il le vérifiera sur Ad Astra, de James Gray, au chevet duquel il est mandé par Brad Pitt, ce dernier ayant pu apprécier son travail sur Beautiful Boy, qu'il produisait, et sur lequel Nico Leunen était venu dépanner son ami Felix van Groeningen. "Ça s'est avéré une chance d'un côté et une malchance de l'autre. Autant Brad Pitt a été super chouette, autant James Gray s'est montré différemment, ça n'a jamais collé. Une situation très inconfortable, que je préfère ne jamais revivre. Il ne voulait pas que la star finisse le projet avec moi. Mais le film que j'ai découvert, c'était un peu le bordel, je trouvais incroyable que James Gray ait fait un tel film, en y consacrant un an avec deux monteurs encore bien. J'ai travaillé six mois dessus, puis Hank Corwin a joué les médiateurs et a peaufiné les choses. Néanmoins, je sais que Brad Pitt et son producteur, Jeremy Kleiner, étaient contents de mon intervention. Ils ont une perspective différente: pour eux, je n'ai pas échoué, tandis que dans mon vocabulaire, bien, parce que j'ai l'habitude de travailler avec un réalisateur et de finir le film avec lui." Un dialogue avec lequel il a pu renouer pour Skate Kitchen: "Crystal était ouverte aux suggestions et à la prise de risques, et notamment au fait de repousser un peu l'histoire en retrait pour faire ressortir plutôt des émotions ou des moments atmosphériques, le contexte dans lequel je fonctionne le mieux." Démonstration éloquente à l'écran...