À 18 ans, Camille n'a qu'une passion, le skate, intérêt exclusif que sa mère, avec qui elle vit à Long Island, voit d'un très mauvais oeil. Une situation à laquelle l'adolescente solitaire trouve une échappatoire lorsqu'elle remarque, sur Instagram, un groupe de skateuses new-yorkaises baptisé Skate Kitchen, qu'elle s'empresse de rejoindre. Pour Kirt, Janay, Indigo et Ruby, le skate est un art de vivre - "Skate or die, bitch!"- et la planche, l'instrument de leur liberté. Et Camille de se fondre dans la bande, s'émancipant au contact d'un collectif...

À 18 ans, Camille n'a qu'une passion, le skate, intérêt exclusif que sa mère, avec qui elle vit à Long Island, voit d'un très mauvais oeil. Une situation à laquelle l'adolescente solitaire trouve une échappatoire lorsqu'elle remarque, sur Instagram, un groupe de skateuses new-yorkaises baptisé Skate Kitchen, qu'elle s'empresse de rejoindre. Pour Kirt, Janay, Indigo et Ruby, le skate est un art de vivre - "Skate or die, bitch!"- et la planche, l'instrument de leur liberté. Et Camille de se fondre dans la bande, s'émancipant au contact d'un collectif tentant d'imposer sa marque féminine dans un univers essentiellement masculin... À l'origine de Skate Kitchen, il y a la rencontre fortuite de Crystal Moselle (révélée par The Wolfpack) avec une bande de skateuses -celle qui donne son titre au film- dans le métro new-yorkais. Conquise par leur charisme et leur intensité, leur humour également, la réalisatrice pense d'abord leur consacrer un documentaire, avant d'opter pour une fiction s'inspirant largement de leur(s) expérience(s). Le résultat est électrisant, où la "coming of age story" somme toute classique (avec un volet sentimental qui n'est pas l'élément le plus convaincant du film) s'efface devant l'énergie et le naturel des interprètes -les skateuses, des actrices nées, pour la plupart, dans leur propre rôle. Et la caméra, évoluant comme à l'instinct, de dévaler les rues de New York à leur suite, redessinant la ville l'air de rien dans un élan proprement euphorisant. À quoi Moselle ajoute une chronique du quotidien qui ne manque certes pas de piquant, le film étant rythmé de conversations en prise directe sur leurs préoccupations, venues en renforcer l'ancrage dans la réalité. Hautement réjouissant, donc; comme un pendant féminin, féministe et East Coast au Mid90's de Jonah Hill. Sorti en 2018 aux États-Unis, le film a connu depuis un prolongement sous la forme de Betty(1), une mini-série en six épisodes produite par HBO, et réalisée par Moselle, où l'on retrouve avec bonheur la bande de filles, les épatantes Rachelle Vinberg (Camille), Dede Lovelace (Janay) et Nina Moran (Kirt). L'angle est sensiblement différent, délaissant la dimension "coming of age story" pour décliner le quotidien des skateuses dans un récit choral comme saisi à vif, une comédie qui n'en est pas tout à fait une, malmenant divers clichés et vibrant tout à la fois de leur présence, irrésistible, et d'une énergie aussi positive que communicative... (1) Betty, de Crystal Moselle, diffusion en mai sur Telenet.