Le parcours de James Gray (lire son interview) n'en finit plus de surprendre. Trois ans après avoir tâté du film d'aventures avec The Lost City of Z, le cinéaste new-yorkais se frotte aujourd'hui à la science-fiction dans Ad Astra, sans pour autant y sacrifier la dimension intimiste ayant irrigué son cinéma de Little Odessa, le film qui le révélait en 1994, à The Immigrant, en 2013.
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Le parcours de James Gray (lire son interview) n'en finit plus de surprendre. Trois ans après avoir tâté du film d'aventures avec The Lost City of Z, le cinéaste new-yorkais se frotte aujourd'hui à la science-fiction dans Ad Astra, sans pour autant y sacrifier la dimension intimiste ayant irrigué son cinéma de Little Odessa, le film qui le révélait en 1994, à The Immigrant, en 2013. Quête personnelle -la recherche du père- et odyssée spatiale convergent en effet dans un film dont l'action se situe dans un futur proche, alors que la survie même de l'humanité est menacée par d'étranges phénomènes. Contexte miné dans lequel Roy McBride (Brad Pitt, également producteur), un astronaute américain de premier ordre, se voit confier une mission ultra-secrète: rejoindre l'orbite de Neptune pour tenter de renouer le contact avec son père, Clifford (Tommy Lee Jones), figure héroïque partie à la recherche de traces d'intelligence extraterrestre quelque 30 ans plus tôt dans le cadre du projet Lima, et portée disparue depuis. Et d'embarquer pour une expédition truffée de dangers, qui le conduira à une station lunaire avant de poursuivre vers Mars, ultimes avant-postes humains ouvrant sur la galaxie et l'infini. Ad Astra est un hybride curieux, film à double spectre où le récit intime, questionnant la relation entre un fils et un père absent, sert une ambition métaphysique, moteur d'un récit de science-fiction d'inspiration toute conradienne. S'il y a là des échos aussi bien du 2001: A Space Odyssey de Stanley Kubrick que du Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, on qualifiera l'entreprise de semi-réussite ou de demi-échec suivant les attentes que l'on y aura placées. Si le coeur de l'histoire reste du pur James Gray, le réalisateur peine parfois à mettre ses intentions en forme, définitivement moins à l'aise dans les scènes d'action (à l'exception notable d'une poursuite lunaire bidouillée avec un plaisir manifeste) que dans celles plus contemplatives. Plus gênant, le film ne fait l'économie ni d'une voix off d'inspiration malickienne venue le surligner à l'excès, ni de diverses invraisemblances et autres trous noirs, l'un d'eux semblant d'ailleurs avoir aspiré Liv Tyler, dont le rôle se réduit à une poignée d'apparitions aussi fugaces que spectrales. Pour autant, Ad Astra reste une épopée fascinante, traversée de fulgurances jusqu'à tutoyer la grâce par endroits, mais pas moins bancale à certains égards (ainsi notamment d'un climax tombant quelque peu à plat). Le genre de film que l'on n'a certes pas fini d'explorer, dès lors que définitivement inépuisable jusque dans ses errements mêmes...