Soyons honnête, on n'avait pas pris l'habitude d'en rire, surtout en cette période commémorative ou à la vision récente de Apocalypse Verdun: la guerre de 14 et de ses tranchées n'avait a priori rien de drôle. La pluie, le froid, la faim, la boucherie, le désespoir, la chair à canon et la mort pour des millions de Poilus... Non, rien de drôle. Sauf qu'entre nous, il faut bien dire que leur dégaine, tout en bleu et chaussettes, était quand même ridicule, et en tout cas très graphique. Que leurs moustaches sont quand même rigolotes. Et que leurs noms, à bien y regarder, étaient quand même poilants, à ces poilus -soldats Labricot, Labite, Macouye, Latouffe... Faudrait pas trop pousser un humoriste dans la tranchée pour qu'il imagine une brigade de poilus regroupés pour leurs pseudos plus que pour leurs compétences, poussant la sincérité à baptiser son histoire courte Les Poilus et les noms cons. Non, faudrait pas trop pousser... Surtout si on y ajoute du "Boche" à chaque bulle, quelques feuillées rigolotes, du rat cuit, un Indien qui n'a rien à foutre là ou une partie de rugby à la grenade, le genre de choses qui fait marrer Bouzard, et surtout ses lecteurs. Car oui, l'un des dessinateurs les plus drôles et doués de sa génération est de retour pour une année qui s'annonce grande, et comme le dit le lieutenant en répondant au caporal Pomponneau, "Bordel de putain de bite à couilles d'anus de poule, c'est une satanée bonne nouvelle!"

Dessin inclassable

On ne sur-vendra pas ce premier tome des Poilus, sa nouvelle série chez Fluide: Guillaume Bouzard a déjà fait mieux ou plus "important", et s'apprête d'ailleurs à le faire cette année -on risque de rigoler encore plus avec son one-shot Lucky Luke qui sortira en septembre, on vénère pour toujours son Autobiography of Me Too, parue chez Les Requins. Inutile non plus de crier au génie ou à l'acte révolutionnaire pour rire comme il le fait de la guerre -après tout, Lambil et Cauvin font pareil depuis 40 ans avec Les Tuniques bleues. Non donc, on ne criera pas, mais quand même: même sur du velours, Bouzard épate. Car il provoque comme peu d'autres un rire certes parfois gras, mais absolument irrépressible, presque systématique. La faute à un vrai sens du dialogue et de la phrase qui claque, et surtout à un graphisme de plus en plus inclassable: a priori mal foutu, lâché et vite torché, mais en réalité d'une richesse infinie, capable comme peu de capturer le mouvement et l'instant, et d'ainsi provoquer de véritables éclats de rire. Une explosion. Pire que du Shrapnel.

DE GUILLAUME BOUZARD, ÉDITIONS FLUIDE GLACIAL, 48 PAGES.

Soyons honnête, on n'avait pas pris l'habitude d'en rire, surtout en cette période commémorative ou à la vision récente de Apocalypse Verdun: la guerre de 14 et de ses tranchées n'avait a priori rien de drôle. La pluie, le froid, la faim, la boucherie, le désespoir, la chair à canon et la mort pour des millions de Poilus... Non, rien de drôle. Sauf qu'entre nous, il faut bien dire que leur dégaine, tout en bleu et chaussettes, était quand même ridicule, et en tout cas très graphique. Que leurs moustaches sont quand même rigolotes. Et que leurs noms, à bien y regarder, étaient quand même poilants, à ces poilus -soldats Labricot, Labite, Macouye, Latouffe... Faudrait pas trop pousser un humoriste dans la tranchée pour qu'il imagine une brigade de poilus regroupés pour leurs pseudos plus que pour leurs compétences, poussant la sincérité à baptiser son histoire courte Les Poilus et les noms cons. Non, faudrait pas trop pousser... Surtout si on y ajoute du "Boche" à chaque bulle, quelques feuillées rigolotes, du rat cuit, un Indien qui n'a rien à foutre là ou une partie de rugby à la grenade, le genre de choses qui fait marrer Bouzard, et surtout ses lecteurs. Car oui, l'un des dessinateurs les plus drôles et doués de sa génération est de retour pour une année qui s'annonce grande, et comme le dit le lieutenant en répondant au caporal Pomponneau, "Bordel de putain de bite à couilles d'anus de poule, c'est une satanée bonne nouvelle!" On ne sur-vendra pas ce premier tome des Poilus, sa nouvelle série chez Fluide: Guillaume Bouzard a déjà fait mieux ou plus "important", et s'apprête d'ailleurs à le faire cette année -on risque de rigoler encore plus avec son one-shot Lucky Luke qui sortira en septembre, on vénère pour toujours son Autobiography of Me Too, parue chez Les Requins. Inutile non plus de crier au génie ou à l'acte révolutionnaire pour rire comme il le fait de la guerre -après tout, Lambil et Cauvin font pareil depuis 40 ans avec Les Tuniques bleues. Non donc, on ne criera pas, mais quand même: même sur du velours, Bouzard épate. Car il provoque comme peu d'autres un rire certes parfois gras, mais absolument irrépressible, presque systématique. La faute à un vrai sens du dialogue et de la phrase qui claque, et surtout à un graphisme de plus en plus inclassable: a priori mal foutu, lâché et vite torché, mais en réalité d'une richesse infinie, capable comme peu de capturer le mouvement et l'instant, et d'ainsi provoquer de véritables éclats de rire. Une explosion. Pire que du Shrapnel.