Pour Guerra, ce dernier n'est au fond rien d'autre que la mythologie de notre temps. Rien d'étonnant, dès lors, de le voir infiltrer les recoins les plus exigeants du grand événement cinéphile. Chroniquant la naissance des cartels colombiens de la drogue, Les Oiseaux de passage illustre l'escalade dégénérée de la violence sans pour autant céder à la tentation du divertissement facile ou de la surenchère stylisée. L'un des indéniables temps fort...

Pour Guerra, ce dernier n'est au fond rien d'autre que la mythologie de notre temps. Rien d'étonnant, dès lors, de le voir infiltrer les recoins les plus exigeants du grand événement cinéphile. Chroniquant la naissance des cartels colombiens de la drogue, Les Oiseaux de passage illustre l'escalade dégénérée de la violence sans pour autant céder à la tentation du divertissement facile ou de la surenchère stylisée. L'un des indéniables temps forts du Cannes parallèle. Dans Les Confins du monde, le Français Guillaume Nicloux revisite pour sa part le film de guerre -en Indochine- par le prisme mental. Très crue, cette descente aux enfers apparaît pourtant aussi très amidonnée. Tout le contraire du Mandy de Panos Cosmatos, virée eighties assez dingo inspirée par les pochettes d'albums de heavy metal et Donjons & Dragons où, en slip moulant et chaussettes blanches ou armé jusqu'aux dents, Nicolas Cage voit rouge et dézingue tout ce qui bouge. Saignant à souhait. Mais la section non-officielle phare du festival, pilotée pour la toute dernière fois par Édouard Waintrop, s'est aussi fait plaisir en invitant le rire à l'écran. Pour le meilleur avec En liberté! de Pierre Salvadori, comédie d'action joyeusement décomplexée à l'écriture enlevée où Adèle Haenel fait des étincelles en fliquette rongée par la culpabilité qui en a marre qu'on lui raconte des histoires. Pour le moins bon avec Troppa Grazia de Gianni Zanasi, production italienne gentiment loufoque mais en net déficit d'ambiguïté où la Vierge Marie somme une géomètre de lui bâtir une église. Et pour le calamiteux avec Le monde est à toi de Romain Gavras, un film tellement occupé à essayer de paraître cool qu'il en oublie de ne pas être complètement con. Autre micro-tendance ayant marqué ce Cannes 2018: le cinéma d'animation. À la Quinzaine, via Ce magnifique gâteau! (lire par ailleurs), mais aussi Miraï du surdoué nippon Mamoru Hosoda, traversée du temps à l'échelle du microcosme familial et récit d'apprentissage sensible aux résonances potentiellement infinies. Difficilement résistible. Quant à Climax, l'ovni supposément choc de Gaspar Noé, on se gardera bien de le ranger ailleurs qu'aux oubliettes des non-événements assurément plus bêtes que méchants.