Un peu folle, la 71e édition du grand raout cannois aura très bien réussi aux films belges. Les hostilités noires-jaunes-rouges avaient été lancées dès l'entame du festival à l'ACID -association de cinéastes destinée à soutenir la diffusion du cinéma indépendant et organiser la rencontre entre des oeuvres, leurs auteurs et le public- avec Seule à mon mariage de Marta Bergman. Soit, de la campagne roumaine à la nuit belge, une trajectoire de femme entre espoirs et galères, pour un premier film certes inégal, mais vibrant d'une vérité quasi documentaire. Prometteur.
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Un peu folle, la 71e édition du grand raout cannois aura très bien réussi aux films belges. Les hostilités noires-jaunes-rouges avaient été lancées dès l'entame du festival à l'ACID -association de cinéastes destinée à soutenir la diffusion du cinéma indépendant et organiser la rencontre entre des oeuvres, leurs auteurs et le public- avec Seule à mon mariage de Marta Bergman. Soit, de la campagne roumaine à la nuit belge, une trajectoire de femme entre espoirs et galères, pour un premier film certes inégal, mais vibrant d'une vérité quasi documentaire. Prometteur. Marta Bergman: "L'ACID est l'endroit qui correspondait parfaitement au film. Les responsables de la section ont organisé un petit événement en amont du festival pour que l'on se rencontre entre réalisateurs. L'idée de l'ACID, c'est vraiment d'accompagner et d'encadrer les longs métrages sélectionnés après Cannes à travers un réseau étendu de salles et de connexions. C'est une vraie chance pour moi et pour l'avenir du film." C'est du côté de l'Espace Miramar, en séance spéciale de la Semaine de la Critique, que Guillaume Senez a présenté pour sa part Nos batailles, son deuxième long métrage. Le réalisateur bruxellois, Magritte du meilleur premier film l'an dernier pour Keeper, y raconte l'histoire d'Olivier (Romain Duris, assez parfait). Contremaître dans une usine de la région lyonnaise, il y défend des idéaux. Mais du jour au lendemain, sa femme s'en va, le laissant jongler seul entre son engagement et ses enfants... On retrouve ici la même obsession de faire "vrai", de coller à une certaine idée du réel, que dans Keeper, mais avec davantage de substance et un regard plus affirmé. À rebours de la logique commode du champ-contrechamp, les plans sont souvent longs, accompagnent le personnage de manière fluide tout en conservant les petites maladresses, les hésitations, les imperfections de la vie. S'en dégage un sentiment fort de justesse, élevant le travail de Senez à un niveau supérieur de vérité humaine. Nos batailles a séduit la presse française et internationale. Atterrissage sur les écrans belges le 3 octobre prochain. Guillaume Senez: "La Semaine a adoré le film, d'où cette idée de mettre en place une séance spéciale. On a été hyper heureux de ça. Après, on ne fait pas un film pour aller à Cannes. D'ailleurs, Keeper n'était pas passé par la Croisette et ça ne nous a pas empêchés de faire 70 festivals, de Locarno à Toronto. Mais Cannes reste la garantie d'une vraie mise en avant. C'est la vitrine ultime, les Jeux Olympiques du cinéma. Cannes est un imparable facilitateur pour la carrière d'un film." À objet résolument hors norme, traitement de faveur singulier. Satire féroce d'une Belgique coloniale décadente servie par une hallucinante animation en stop-motion à base de textiles, le moyen métrage flamand Ce magnifique gâteau! du tandem Emma De Swaef-Marc James Roels a connu les honneurs d'une projection unique à la cérémonie anniversaire de la Quinzaine des Réalisateurs. Malgré son format inhabituel (44 minutes), le film fera l'objet d'une sortie traditionnelle sur les écrans belges à l'automne, probablement augmenté de quelques travaux antérieurs du duo, dont le court subjuguant et quasi cosmique Oh Willy... (2012). Emma De Swaef et Marc James Roels: "Nous avons vu et revu notre film des dizaines de fois déjà. Mais là, on nous avait prévenus: ça allait être le public le plus exigeant qui soit puisque la salle était bourrée à craquer de cinéastes, ces derniers n'ayant pas vraiment pour habitude de se faire des cadeaux entre eux (sourire). Notre idole, le Catalan Albert Serra, réalisateur de La Mort de Louis XIV, nous a dit qu'il avait adoré. Et la multitude de retours positifs nous a un peu sciés en regard du côté haut perché du film. Ce magnifique gâteau! devait à l'origine faire l'ouverture du festival d'animation d'Annecy en juin. Cette première mondiale à Cannes était tout simplement inespérée." Sur la Croisette, beaucoup s'étonnaient de ne pas retrouver Girl, le premier long métrage du Gantois Lukas Dhont, en Compétition officielle. C'est en effet depuis la salle Debussy, en section Un Certain Regard, que le film a provoqué l'une des plus puissantes ondes de choc du festival. Girl raconte l'histoire de Lara, une talentueuse jeune fille de quinze ans née dans un corps de garçon (Victor Polster, lire son portrait par ailleurs) dont l'ambition est de devenir danseuse étoile, point de départ d'une quête identitaire admirablement aboutie qui aura in fine valu à Dhont la prestigieuse Caméra d'or récompensant le meilleur premier film toutes sections cannoises confondues. Sortie probable en fin d'année. Lukas Dhont: "J'ai immédiatement senti qu'il s'était passé quelque chose. La projection officielle à Un Certain Regard, avec toute l'équipe du film, a été particulièrement remuante. Ma mère, mon père, mes amis étaient présents, mais aussi la jeune fille dont l'histoire a inspiré le film. Pour elle, je crois que ça a été un vrai moment de victoire et de catharsis, de voir des réactions si positives sur le film mais aussi, par la bande, sur elle, sur ce qu'elle a traversé. Girl n'est pas un biopic, mais elle a toujours été à mes côtés durant le processus créatif, et elle s'y reconnaît beaucoup à l'arrivée. Ces derniers jours à Cannes ont été incroyablement intenses. J'ai enchaîné les interviews de manière un peu folle, mais c'est ça que tu veux, quelque part, en faisant un film. Tu cherches à faire réagir. L'intérêt qu'a suscité Girl m'apporte beaucoup de bonheur, parce que ça signifie que mon travail fait sens pour les gens, leur parle et touche à quelque chose d'universel."