Sang bleu et faux-semblants: rencontre avec Hugh Grant pour la série The Undoing

Qui est vraiment Jonathan, mari aimant ayant mystérieusement disparu? Un rôle avec sa part d'ombre dans lequel excelle Hugh Grant.
Nicolas Bogaerts Journaliste

Mené par Nicole Kidman et Hugh Grant, The Undoing est un thriller hypnotique qui donne corps aux mensonges et aux aveuglements d’une caste de privilégiés. Rencontre et critique.

Brillant dans le rôle du prince charmant qui se révèle dissimulateur et faquin, Hugh Grant tourne définitivement le dos, avec The Undoing, aux rôles qui l’ont révélé. Sans que l’éclat de son jeu, ni de ses propos, ne viennent à s’assombrir.

Le rôle de Jonathan vous donne l’occasion d’aller pleinement dans un registre dramatique, complexe. Ce mouvement, entamé il y a quelques années, est décisif dans votre manière de vivre votre métier?

Je suis soulagé de ne plus devoir faire semblant d’être gentil ou romantique. C’est terminé, le public peut enfin découvrir qui je suis vraiment et à quel point les costumes sombres me vont mieux (rires). Plus sérieusement, peu importe le rôle, le travail est le même. Quand j’aborde un personnage, j’écris sa biographie complète, nourrie de détails à mesure qu’avance le tournage: sa vie d’avant, celle de ses parents, ce qu’il ressentirait dans telle ou telle situation. Mon texte était constellé de notes en ce sens. Nous sommes tous composés de plusieurs personnalités différentes. Être plus l’une que l’autre à un moment donné ne fait pas de vous un menteur. C’est juste que des circonstances peuvent faire émerger cette part plus discrète, qui fait aussi de vous ce que vous êtes. J’ai puisé dans ces éléments-là pour faire émerger Jonathan. Le processus est toujours le même, il se trouve juste que ça a mieux marché dans ce sens-là ces dernières années. J’étais surpris de la facilité avec laquelle je pouvais rentrer dans les scènes très émotionnelles, celles que j’ai l’habitude de craindre le plus.

Nicole Kidman, votre partenaire à l’écran, est à la fois actrice et productrice de The Undoing. Comment voyez-vous cette double étiquette, de plus en plus fréquente aujourd’hui?

Je suis au regret d’avouer que la production est loin de faire partie de mon champ d’expertise. Pour tout vous dire, faire fonctionner ma télévision relève pour moi du défi. Je ne comprends rien à cette histoire de streaming, je n’arrive même pas à brancher un wi-fi. En revanche, ce que je sais c’est que du point de vue de l’acteur, ça représente, en ce moment, une corne d’abondance en termes de propositions. C’est une époque généreuse, où beaucoup de projets se concrétisent. Je crois qu’il y a quelque chose de très sain dans la possibilité pour elle de prendre ces risques-là.

Restons alors sur le travail d’acteur: comment se déroule pour vous le transfert du cinéma vers le format télé?

Je dois reconnaître que c’est quelque chose que j’ai toujours snobé: « Moi, faire de la télé, sûrement pas, je suis une star de cinéma! » L’idée de passer de l’un à l’autre a été d’abord difficile à accepter mais je dois reconnaître, aujourd’hui, qu’il y a un nombre incroyable de réalisations exceptionnelles. En cela, HBO est exactement ce qu’on m’en avait dit: la Rolls-Royce de la télévision. Et termes de travail, il n’y a pas beaucoup de différence et la manière de travailler de notre réalisatrice, Susanne Bier, ressemblait à un tournage de cinéma. Simplement, j’ai signé mon contrat sans connaître la fin du scénario. Ça paraît bizarre, mais lorsque vous vous engagez sur une série comme celle-là, vous le faites sur la foi de deux ou trois épisodes. Ce n’est pas toujours très rassurant: on vous dit ce qui va se passer, mais on peut très bien aussi changer de direction en cours de route et je pourrais très bien me retrouver sur un projet qui se révèle différent de celui pour lequel j’ai signé. Ça, ça me rend nerveux.

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Qu’est-ce qui vous a décidé à signer pour ce projet-là?

Il y a beaucoup de cases à cocher. On pourrait toutes les détailler, mais la plus importante posait la question simplement: est-ce que je suis capable de le faire, de divertir, d’entraîner le public dans cette histoire? Et puis il y a plein d’autres choses plus triviales, telles que le temps durant lequel je serai éloigné de ma famille, ma capacité à vivre loin d’eux durant plusieurs mois sans qu’ils ne me manquent trop ou que je ne leur manque trop. Ça paraît ridiculement pratique, mais c’est vrai.

Grace, le personnage joué par Nicole Kidman, vit clairement dans un conte de fées, jusqu’au moment où des révélations la ramènent brutalement à la réalité et bouleversent la relation avec vous, son époux. Comment avez-vous travaillé ce changement dans la dynamique relationnelle?

Comment réagir quand on vous retire brutalement le tapis sous les pieds? C’est ce qui arrive à Grace mais c’est aussi la sensation que l’on doit avoir transmis aux spectateurs à la fin du premier épisode. Tout était déjà brillamment écrit dans le scénario. Quand j’ai lu la première version, j’étais extrêmement intrigué, je me demandais ce qui allait bien pouvoir se passer, pourquoi mon personnage avait disparu, ce qu’il cachait, comment il allait ou pas s’en sortir, etc. Il est difficile de répondre à ces questions sans divulguer des éléments de l’histoire. Nous-mêmes, les acteurs, avons continué à découvrir des choses sur nos personnages tout au long du tournage. Le dilemme, c’est qu’il faut être aussi fidèle que possible à son personnage, à tout moment, et qu’en même temps, parfois, parce qu’il faut respecter la dynamique du « whodunit », il faut cacher au public ou à ses partenaires une partie de ce que ce même personnage fait ou ressent vraiment. Par exemple, vous allez avoir envie, en tant qu’acteur, de vous brancher sur les non-dits, par souci de sincérité. Mais si vous le faites et que la caméra le voit, vous êtes foutu, vous révélez des éléments qui nuisent à l’histoire. Le résultat c’est que nous sommes, effectivement, emmenés dans plusieurs directions.

Susanne Bier vous a-t-elle beaucoup dirigés en tant qu’acteurs et actrices dans la manière de trouver cet équilibre?

Comme je disais précédemment: ce qui est vrai, juste, pour un personnage à un moment précis peut ne pas du tout servir correctement le récit. Le travail du réalisateur, c’est de s’assurer que ce récit tienne en place. Le mien, c’est de m’assurer que la partition de Jonathan soit bien interprétée. Parfois, il y a des tensions et c’est normal parce que c’est une histoire lourde. Alors entre les prises, on a parfois envie de lâcher la pression. Je peux vite rendre impossible la vie de mes partenaires, c’est ma manière de gérer ce trac qui me terrasse. Mon truc à moi, c’est les ragots. Pour détendre l’atmosphère, je cuisinais un peu tout le monde, les acteurs, les techniciens, la production. Je suis devenu un fin limier et je peux tout vous révéler sur les secrets de leurs vies intimes et amoureuses. Je sais tout (sourire).

The Undoing

Série créée par David E. Kelley. Avec Nicole Kidman, Hugh Grant, Édgar Ramírez. ****

Dès ce lundi 26/10, 19h30, Be1.

Sang bleu et faux-semblants: rencontre avec Hugh Grant pour la série The Undoing

La nouvelle collaboration entre Nicole Kidman et David E. Kelley (après Big Little Lies) accouche d’un thriller un peu prévisible mais superbement composé. L’esthétique de Susanne Bier fait résonner le bruit sourd des masques qui tombent, alors qu’un meurtre sauvage et la disparition de son mari vient livrer Grace, thérapeute à la vie rêvée, à l’étendue des mensonges qui rongent son quotidien. C’est dans ce jeu permanent entre le visible et l’invisible, le présent et l’absent, le dit et le non-dit, le récit et le réel que The Undoing délivre sa partition métronomique, qui questionne le privilège et ses aveuglements. The Undoing fait aussi la part belle à la diversité et propose, encore une fois, une galerie de femmes dont la vie est secouée par la violence sexiste, raciste ou de classe. Tentant de révéler ce qui est invisible, indicible, elle est une symphonie de corps, sanglés dans les convenances ou les silences, qui tentent de s’en extirper pour se dire, combler les vides et trouver leur place.

Le diable est dans les détails

Susanne Bier, réalisatrice méticuleuse.
Susanne Bier, réalisatrice méticuleuse.© WireImage

Grace Fraser (Nicole Kidman) mène une vie de conte de fées. Littéralement. Elle glisse sur l’onde de son quotidien, entre son métier de thérapeute, le couple qu’elle forme avec Jonathan (Hugh Grant), un fringant pédiatre oncologue carburant à l’empathie, et leur fils Henry (Noah Jupe), jeune HP qui pratique le violon en rentrant de son école privée à 50.000 dollars annuels. Vêtue de tuniques et manteaux couleurs Brocéliande, la chevelure rousse comme un feu de tourbe, elle traverse leur duplex cossu de l’Upper East Side, va de son cabinet à la réunion pour l’organisation d’une levée de fonds pour l’école, aveugle au privilège qui caractérise son existence.

Chute

Les séquences inaugurales de The Undoing, nouvelle série HBO réalisée par Susanne Bier (un Emmy pour The Night Manager), prennent toute la hauteur nécessaire pour faire de la chute qui attend Grace une tragédie, nourrie de mensonges et de découvertes peu reluisantes. Au bout du premier épisode, un féminicide sanglant, suivi de la disparition inquiétante et suspecte de Jonathan, va propulser Grace et son entourage dans un réel qu’elle n’avait pas vu advenir malgré les signes. Un comble, pour une thérapeute qui a fait son core business de l’exhortation des femmes à écouter leur instinct. La victime est Elena (Matilda De Angelis), jeune artiste subjuguante de beauté, issue d’un milieu populaire, dont l’oeuvre charitable des mères plus fortunées a permis d’inscrire le fils dans l’établissement de l’élite. Son mari Fernando (Ismael Cruz Cordova) semble en savoir beaucoup plus qu’il ne peut dire, alors que tous les soupçons convergent vers Jonathan et la relation adultère qu’il aurait entretenue avec Elena. Mais aucune surprise, aucune révélation n’est épargnée tout au long des six épisodes stylisés et aux multiples rebondissements.

Fausses pistes

La réalisatrice Susanne Bier porte une attention minutieuse aux détails dans les compositions des images, les silences, les échanges de regard furtifs, les fausses pistes, les indices semés un peu partout. « Tout cela est conscient, délibéré, confie-t-elle par écran interposé depuis un hotel londonien, et très amusant à mettre en place. On dit toujours que le diable est dans les détails. Réaliser une série comme celle-ci exige d’être méticuleux et de faire attention à tout. Particulièrement quand il s’agit, comme ici, d’un thriller. Parmi tous ces détails, ce n’est pas à moi de montrer lequel est un indice et lequel est une fausse piste, mais ils sont tous volontairement placés, plantés de la même manière dans le récit. Et cet énorme puzzle est extrêmement excitant à arranger et réarranger. » Riche d’un casting prestigieux (Donald Sutherland, Lily Rabe), The Undoing extirpe des corps sublimés une vérité douloureuse qui bouleverse les certitudes.

Dixit Joann Sfar

Sang bleu et faux-semblants: rencontre avec Hugh Grant pour la série The Undoing

« Je suis un boulimique de séries télé. Je peux en mettre pendant que je dessine et je les écoute plus que je ne les regarde. J’adore les séries d’extrême violence dont deux du même auteur, Banshee et Warrior. Warrior, c’était le rêve de Bruce Lee, paraît-il. J’aurais adoré aimer Lovecraft Country parce que j’avais aimé le bouquin. Mais je crois qu’elle n’est pas aussi bien que ce dont j’avais rêvé. BoJack Horseman est aussi une série importante pour moi. C’est de l’existentialisme, c’est profond. Et I May Destroy You est un chef-d’oeuvre d’autodestruction. Cette série charrie un chaos très nourrissant. L’héroïne irradie de souffrance, donc ça se répercute autour d’elle. C’est à la fois un éloge et une mise en accusation de tous les courants militants actuels. « I May Destroy You« , chaque personnage de la série pourrait le dire. »

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