Critique | Musique

[l’album de la semaine] Chad VanGaalen – « World’s Most Stressed Out Gardener »

© MARC RIMMER
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Le Canadien Chad VanGaalen continue de cultiver son psychédélisme pop et fait mûrir le fruit de son labeur.

L’Histoire avec ses beautiful losers et ses héros posthumes en atteste: si l’industrie de la musique est douée pour fourguer ses pop stars Kleenex et vendre sa camelote, elle a aussi le chic pour laisser vivoter dans une indifférence quasi générale des artistes importants, doués et touchants. Des artistes de la trempe de Chad VanGaalen. Né en 1977 à Calgary, fils d’une institutrice pour enfants sourds et malentendants et d’un peintre paysagiste, le quadragénaire n’a jamais bénéficié du gigantesque retentissement que mériteraient ses disques et ses chansons.

Après quelques albums farouchement indépendants gravés sur des CD-R avec des pochettes dessinées à la main, le Canadien a atterri au milieu des années 2000 sur le petit label Flemish Eye avant de tomber dans l’oreille et les mains de Sub Pop, jadis maison des grunges. Pour ceux qui aiment le jardinage généalogique, Chad est, avec sa voix tremblante et joliment étranglée, de l’arbre d’un Neil Young et d’un Damien Jurado. Un singer-songwriter au falsetto bouleversant. Homme à tout faire et artiste pluridisciplinaire, VanGaalen est un musicien accompli. Un multi-instrumentiste oblique et casanier. Un génie de studio qui a l’habitude d’écrire, jouer, enregistrer et produire ses disques et d’en réaliser les clips aussi.

Animateur, illustrateur, le Canadien marquait d’ailleurs récemment les esprits avec la vidéo trippante du réconfortant et bricolé Samurai Sword, un petit film dessiné à l’univers psychédélique, avec des monstres étranges que n’auraient pas reniés Philip K. Dick, Bruce Bickford et Moebius. Pour éviter de tourner en rond ces derniers mois (on le comprend), Chad s’est amusé à y planquer des objets. Il a même lancé un concours invitant ses fans à les retrouver. Récompense à la clé…

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Gentiment drogué

Et la musique dans tout ça? World’s Most Stressed Out Gardener est une petite merveille de disque. Un album pop, folk et psychédélique, riche, ambitieux et lo-fi, gentiment drogué, tordu et accessible. Lucy in the Sky with Diamonds, Strawberry Fields… Ça commence comme une plaque aux pupilles dilatées des Beatles (Spider Milk), s’offre des promenades pastorales dans les chants façon Fleet Foxes (Starlight, Nightwaves) et se permet, sans que ça ne choque personne, des intermèdes instrumentaux, transcendances orientales voire new age (Flute Peace, Earth from a Distance)… VanGaalen, qui a jadis travaillé avec Women et Viet Cong, balance aussi des titres plus modernes comme Inner Fire et ses ambiances de fin du monde tout de suite contrebalancées par une ballade bucolique (Golden Pear) et un morceau rock plus franc du collier (Nightmare Scenario). Jardinier le plus stressé ou pas, on n’est jamais aussi bien nourri qu’avec les produits du jardin…

Chad VanGaalen, « World’s Most Stressed Out Gardener », distribué par Sub Pop/Konkurrent. ****

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[l'album de la semaine] Chad VanGaalen -

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