Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Appaloosa vient confirmer, après le déjà très intéressant – et plus radical – The Assassination of Jesse James by The Coward Robert Ford, la survie du western comme genre capable d’inspirer des cinéastes d’aujourd’hui. Des cinéastes qui n’en utiliseraient pas les codes et la texture aux seules fins de pastiche ou de parodie, voire d’hommage nostalgique, mais bien pour créer des £uvres autonomes, s’adressant avec intelligence et sensibilité au spectateur contemporain.

La face du western avait bien entendu été modifiée à jamais par ses « relectures » italiennes et en tout premier lieu par l’ouragan Sergio Leone. Cynisme et lyrisme, subversion des conventions, stupéfiante réinvention formelle et dramaturgie « opératique »: c’est à une authentique transfiguration que le génial Romain soumit le genre le plus américain qui soit. Mais avant lui déjà, des films made in USA ne s’étaient pas privés de secouer les codes et figures du western classique tel que des géants comme John Ford, Howard Hawks, Raoul Walsh et Anthony Mann l’avaient porté vers les sommets artistiques et populaires. Samuel Fuller dès les années 50 (avec entre autre le pro-indien Run of The Arrow), Arthur Penn dans sa foulée (avec The Left-Handed Gun) puis Sam Peckinpah dans la première moitié de la décennie suivante ( Guns in The Afternoon, Major Dundee), annoncèrent le changement par un recul critique aiguisé pour le premier, une manière radicale d’aborder la violence pour le second. Distance et violence allaient opérer leur synthèse chez Sergio Leone, dans une trilogie à succès filmée entre 1964 et 1966. Per un pugno di dollari, Per qualche dollari di piu et Il Buono, il brutto, il cattivo bouleversèrent tout à la fois la manière de faire et la façon de regarder un western. D’autres Italiens s’engouffrèrent avec bonheur dans la brèche, tandis qu’aux Etats-Unis, des réalisateurs comme Penn (toujours, avec Little Big Man), Sydney Pollack ( Jeremiah Johnson) ou Richard Sarafian ( The Man Who Loved Car Dancing) installaient le western dans une modernité que creusait de manière plus extrême encore Monte Hellman dans The Shooting et Ride the Whirlwind, aux limites du cinéma expérimental.

Clint Eastwood, ex-interprète des films de Leone, s’est posé en héritier le plus fécond du genre, de High Plain Drifter à Unforgiven en passant par The Outlaw Josey Wales. Scénariste de Sam Peckinpah, Walter Hill a donné l’illusion d’en être lui aussi capable en signant le prometteur The Long Riders. Et si des tentatives comme Tomb-stone ont tenté de réveiller l’intérêt plus que vacillant du public, c’est au petit écran que le meilleur s’est produit avec la sombre et fascinante série Lone-some Dove. C’était avant qu’Andrew Dominik emmène Brad Pitt dans son captivant The Assassinationof Jesse James by The Coward Robert Ford, et qu’Ed Harris tourne ce remarquable Appaloosa qui redonne quelque espoir de voir le western retrouver durablement des couleurs à la hauteur de sa riche mythologie.

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