Intimidad

© netflix

L’ascension politique fulgurante de Malen Zubiri (Itziar Ituño, de La Casa de Papel) la place en excellente position pour briguer la très convoitée mairie de Bilbao. Une vidéo à caractère sexuel, la dévoilant en pleine relation adultère, volée et habilement  » fuitée  » à la presse pour diffusion globale va considérablement compromettre cet horizon. Plus encore, c’est toute une carrière qui s’effondre. Avec une lucidité froide et argumentée, la nouvelle série espagnole hébergée par Netflix s’empare de la fabrique des scandales comme d’un catalyseur pour raconter le destin prometteur de femmes proprement mis en terre par le viol de l’intimité. Parmi elles, Bego (Patricia López Arnaiz), qui découvre que sa sœur s’est suicidée après la divulgation d’images pornographiques auprès de ses collègues. Toutes font l’expérience douloureuse, et partagée par la plupart des femmes, d’un tracé flou entre vie publique et vie privée, et le moment où cette dernière est projetée dans les conversations, jetée en pâture au regard de tous. Portée par une distribution irréprochable, Intimidad s’articule comme un récit aux frontières du polar et de la fable sociale acide, dont elle importe le sens du suspense et du rebond d’une part, la déconstruction intelligente et pertinente d’autre part. La série impressionne par le sérieux qu’elle accorde à des tragédies qui, le plus souvent, fertilisent les quolibets nauséeux des contemporains et effacent celles qui en sont les premières victimes. Bien qu’inégaux dans leurs traitements, les quatre récits, certes emblématiques, sont goupillés et dégoupillés de manière à sortir les enjeux de leurs angles morts et à les présenter de manière limpide. A ce titre, Intimidad prouve la vitalité particulière de la fiction espagnole quand il s’agit d’aborder la condition féminine et le machisme rance.

Une série créée par Laura Sarmiento et Verónica Fernández. Avec Emma Suárez, Itziar Ituño, Verónica Echegui. Disponible sur Netflix.

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