Ces timides éclaircies ont pourtant un goût amer: les jeunes doivent porter le masque, les bâillonnant de fait, même si c'est évidemment pour leur bien, et les amputant surtout de ce vaste répertoire expressif si important à cet âge d'intense développement personnel. Avec quelles conséquences à moyen et long termes sur leur moral et leur représentation du monde? Quant aux stades, ils seront chichement garnis, privant ce sport populaire d'une grande partie de ce qui fait son essence: l'ambiance, la foule, le lâcher-prise. Déjà qu'une finale de Champions League à huis clos c'est aussi palpitant qu'une messe en latin. Partout où une reprise est envisagée planera en outre, malgré les précautions d'usage, la crainte d'allumer la mèche d'une seconde vague. Et avec elle de devoir retirer le rideau pour une période indéterminée.

La rentrée? On va faire comme si, mais le coeur n'y est pas. Le Covid nous a plongés dans une forme de stupeur éveillée.

Même sentiment très mitigé pour la culture: si la littérature tire son épingle du jeu et que le secteur dans son ensemble s'efforce vaille que vaille de baliser l'avenir (suivez le guide), on ne va pas se mentir, c'est la morosité qui prévaut: le cinéma a repris ses activités mais les résultats sont très décevants, au risque de compromettre la viabilité économique de certaines salles. Quant au monde du spectacle vivant, il ne sait plus sur quel pied danser, tiraillé entre son envie pressante de remonter sur scène et une viabilité économique illusoire tant que les jauges resteront limitées. Sans même parler du secteur du live musical et du monde de la nuit, toujours sur la touche. Probablement pour encore un bon bout de temps. Avec la casse sociale que l'on imagine. Et la casse de nos imaginaires privés de semences et d'engrais émotionnels.

Bref, on va faire comme si, mais le coeur n'y est pas. Le Covid nous a plongés dans une forme de stupeur éveillée. Des nuages gris et menaçants stagnent en permanence sur la ligne d'horizon. On baigne dans un flux contradictoire qui rend illisible le présent et incompréhensible l'avenir. Au fond, même si son film n'est qu'une demi-réussite, ou un demi-échec, Christopher Nolan résume assez bien dans Tenet, dans son style métaphorico-conceptuel vertigineux, l'esprit brouillé de l'époque. Nous aussi on a parfois l'impression d'avancer et de reculer en même temps. Ou d'assister à des dérapages spatio-temporels comme quand le Tour de France s'invite sur les écrans en septembre ou, plus inquiétant, quand des militants de la cause LGBTQ+ manifestent aux côtés de l'extrême droite contre le port du masque à Berlin. Perdus dans ce labyrinthe sémantique -accentué par le décalage entre notre quotidien "sans contact" et la vision un peu surréaliste du monde dans les films et séries où les gestes barrières et la distanciation sociale n'ont pas encore cours-, on bricole comme on peut, au jour le jour, une morale fragile et poreuse. En étant bien conscients que désormais, dans ce monde à double face où réel et virtuel se superposent, chaque conviction ou décision peut être prise de vitesse par son contraire, à la manière des fake news qui rivalisent avec la vérité. Un jeu de miroirs qui plonge l'humanité dans une crise de sens inédite. Vivement que le réveil sonne quelque part pour qu'on s'extirpe de ce cauchemar...

Ces timides éclaircies ont pourtant un goût amer: les jeunes doivent porter le masque, les bâillonnant de fait, même si c'est évidemment pour leur bien, et les amputant surtout de ce vaste répertoire expressif si important à cet âge d'intense développement personnel. Avec quelles conséquences à moyen et long termes sur leur moral et leur représentation du monde? Quant aux stades, ils seront chichement garnis, privant ce sport populaire d'une grande partie de ce qui fait son essence: l'ambiance, la foule, le lâcher-prise. Déjà qu'une finale de Champions League à huis clos c'est aussi palpitant qu'une messe en latin. Partout où une reprise est envisagée planera en outre, malgré les précautions d'usage, la crainte d'allumer la mèche d'une seconde vague. Et avec elle de devoir retirer le rideau pour une période indéterminée. Même sentiment très mitigé pour la culture: si la littérature tire son épingle du jeu et que le secteur dans son ensemble s'efforce vaille que vaille de baliser l'avenir (suivez le guide), on ne va pas se mentir, c'est la morosité qui prévaut: le cinéma a repris ses activités mais les résultats sont très décevants, au risque de compromettre la viabilité économique de certaines salles. Quant au monde du spectacle vivant, il ne sait plus sur quel pied danser, tiraillé entre son envie pressante de remonter sur scène et une viabilité économique illusoire tant que les jauges resteront limitées. Sans même parler du secteur du live musical et du monde de la nuit, toujours sur la touche. Probablement pour encore un bon bout de temps. Avec la casse sociale que l'on imagine. Et la casse de nos imaginaires privés de semences et d'engrais émotionnels. Bref, on va faire comme si, mais le coeur n'y est pas. Le Covid nous a plongés dans une forme de stupeur éveillée. Des nuages gris et menaçants stagnent en permanence sur la ligne d'horizon. On baigne dans un flux contradictoire qui rend illisible le présent et incompréhensible l'avenir. Au fond, même si son film n'est qu'une demi-réussite, ou un demi-échec, Christopher Nolan résume assez bien dans Tenet, dans son style métaphorico-conceptuel vertigineux, l'esprit brouillé de l'époque. Nous aussi on a parfois l'impression d'avancer et de reculer en même temps. Ou d'assister à des dérapages spatio-temporels comme quand le Tour de France s'invite sur les écrans en septembre ou, plus inquiétant, quand des militants de la cause LGBTQ+ manifestent aux côtés de l'extrême droite contre le port du masque à Berlin. Perdus dans ce labyrinthe sémantique -accentué par le décalage entre notre quotidien "sans contact" et la vision un peu surréaliste du monde dans les films et séries où les gestes barrières et la distanciation sociale n'ont pas encore cours-, on bricole comme on peut, au jour le jour, une morale fragile et poreuse. En étant bien conscients que désormais, dans ce monde à double face où réel et virtuel se superposent, chaque conviction ou décision peut être prise de vitesse par son contraire, à la manière des fake news qui rivalisent avec la vérité. Un jeu de miroirs qui plonge l'humanité dans une crise de sens inédite. Vivement que le réveil sonne quelque part pour qu'on s'extirpe de ce cauchemar...