La " grande révélation" de la musique cubaine contemporaine se produira le 5 octobre au Studio 4 de Flagey, où le chant qu'elle assume sera accompagné du piano de Jorge Luis Lagarza, de la basse et batterie de Rafael Aldama et Marcos Morales. Et on se demande bien comment ce quatuor va pouvoir approcher à lui seul l'océanitude de ce troisième album. Entreprise kaléidoscopique, qui non seulement trousse différents styles mais dégage une sorte d'infini maritime à l'horizon. Les sensations aquatiques occupent d'ailleurs l'intégralité du disque...

La " grande révélation" de la musique cubaine contemporaine se produira le 5 octobre au Studio 4 de Flagey, où le chant qu'elle assume sera accompagné du piano de Jorge Luis Lagarza, de la basse et batterie de Rafael Aldama et Marcos Morales. Et on se demande bien comment ce quatuor va pouvoir approcher à lui seul l'océanitude de ce troisième album. Entreprise kaléidoscopique, qui non seulement trousse différents styles mais dégage une sorte d'infini maritime à l'horizon. Les sensations aquatiques occupent d'ailleurs l'intégralité du disque: depuis la pochette, une photo de Daymé immergée dans la mer des Caraïbes, jusqu'à l'impression d'une musique sans cesse poussée au grand large. Le syncrétisme des genres abordés ici tient aussi à la croyance de Daymé en la santeria, religion venue des peuples Yoruba -de l'Afrique de l'Ouest- et qui, précisément, mélange les préceptes afro-cubains et la vénération des saints du catholicisme. Peu importe les pistes précises d'héritage, la musique d'Arocena impressionne d'abord par ses chansons, humides et sacrées. Première explication à cette constante sensation de traverser des rivières amies, la nature de la voix d'Arocena, assez justement décrite comme une pollinisation d'Aretha Franklin et de Celia Cruz. Avec la jeunesse en plus, puisqu'elle est née en 1992. Décrochant un premier rôle d'interprète à quatorze ans, accomplissant ensuite des formations de compositrice, arrangeuse, directrice de choeur et de groupe. C'est peu dire qu'on entend sur Sonocardiogram un accomplissement musical majeur, aussi par sa science de la construction. Après une introduction parlée sur fond de vagues et de choeurs ( Nangareo), le disque déploie Trilogia, sauce qui monte en trois mouvements sous la chaleur d'une évidente africanité aux choeurs laiteux. Et d'un jazz matriciel qu'on ne cesse de croiser, dans la luxuriance d'un piano virtuose ou dans cette basse qui gronde, ronfle et caresse la compagnie créole. Le charme vient aussi du sensationnel travail vocal: si le chant de Daymé évoque celui des glorieuses aînées susmentionnées, il rappelle aussi l'autre étoile latino-américaine, Milton Nascimento. Comme Daymé, ce chanteur-star brésilien -né en 1942- utilise la voix comme un instrument totalement modulable, larynx caoutchouteux épousant la perméabilité des chansons avec un réalisme magique . Comme Milton, album réalisé en 1976 par Nascimento avec les jazzmen Wayne Shorter et Herbie Hancock, a amené son talent brésilien au public occidental, il paraît assez probable que cet irrésistible Sonocardiogram fasse connaître à Daymé, le même sort enviable. Trop qualitatif.