"For Ever"

En 2014, Jungle avait tout pour intriguer, autant que pour susciter la méfiance. Derrière les clips r'n'b vintage un peu trop lookés (les joggings à bandes, etc.), se profilait une entité volontairement anonyme. Même la voix des tubes Busy Earnin' et The Heat laissait planer le doute: homme ou femme, qui se planque réellement derrière J...

En 2014, Jungle avait tout pour intriguer, autant que pour susciter la méfiance. Derrière les clips r'n'b vintage un peu trop lookés (les joggings à bandes, etc.), se profilait une entité volontairement anonyme. Même la voix des tubes Busy Earnin' et The Heat laissait planer le doute: homme ou femme, qui se planque réellement derrière Jungle? Au fil du temps, l'identité des protagnistes a bien fini par se préciser. Derrière l'exercice de soul-disco, se cachait en réalité un duo de jeunes producteurs anglais, Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland. Sur scène, le projet en chambre a entre-temps muté en un véritable collectif. Cela s'entend notamment sur For Ever, leur deuxième album, plus touffu. Certes, l'effet de surprise a aujourd'hui disparu. À cet égard, le mystère que pouvaient représenter les voix mêlées et androgynes du duo n'en est forcément plus un. Aujourd'hui, la méthode a même tendance à passer parfois pour du maniérisme. Pourtant, For Ever parvient encore ici et là à épater. Par exemple avec le disco tranquille de Beat 54 ( All Good Now) ou le groove hip-hop pastel de Cosurmyne. À sa manière, le single House In LA tire aussi son épingle du jeu, évoquant la mélancolie d'un coucher de soleil sur l'océan Pacifique. Il illustre bien la manière dont l'album se plaît à flotter entre deux humeurs, tristement joyeux, distraitement plombé. C'est d'ailleurs dans ces moments-là qu'il fonctionne le mieux. Conçu entre Los Angeles et Londres, For Ever profite de ces ballottages: entre le soleil californien et le fog britannique, jouant sur les contrastes des sentiments, Jungle a le spleen luxuriant.