Jo, toujours coiffé aux 220 volts, ne cultive pas les glorioles d'autrefois même si elles l'ont construit: ouvert en 1963 dans une salle paroissiale, le 140 a vécu -pauvres mots- une putain d'aventure culturelle. Inviter Gainsbourg devant un parterre clairsemé en 1964, convier le Pink Floyd de l'après-Barrett vers 1968, mais aussi découvrir les inconnus Ferré, Barbara, Higelin, Pina Bausch, Bedos ou encore Public Image qui, dans le sillage d'un Johnny Lydon/Rotten défoncé au speed en décembre 1978, y donne les 2 tout premiers concerts de son existence. Jo: " C'est après cela qu'on a arr...

Jo, toujours coiffé aux 220 volts, ne cultive pas les glorioles d'autrefois même si elles l'ont construit: ouvert en 1963 dans une salle paroissiale, le 140 a vécu -pauvres mots- une putain d'aventure culturelle. Inviter Gainsbourg devant un parterre clairsemé en 1964, convier le Pink Floyd de l'après-Barrett vers 1968, mais aussi découvrir les inconnus Ferré, Barbara, Higelin, Pina Bausch, Bedos ou encore Public Image qui, dans le sillage d'un Johnny Lydon/Rotten défoncé au speed en décembre 1978, y donne les 2 tout premiers concerts de son existence. Jo: " C'est après cela qu'on a arrêté le rock (repris depuis lors, ndlr) parce qu'on a eu des tonnes de plaintes des voisins, les avocats et compagnie. Pour moi, la variété(sic) a toujours été plus facile à programmer que la danse et le théâtre." Le vrai truc à Mr Dekmine, 81 piges en février, c'est l'écriture et peu importe le support. D'où le jeune Hanao, " découvert il y a 3 ans aux Entrevues du Botanique, un coup de c£ur. Ses textes ne sont pas pessimistes mais font quand même penser àLa Nausée de Sartre. Veence propose une sorte de promenade mélancolique qui ne joue pas les Américano-Français. J'avais envie de lui donner une carte blanche (1)". Fils d'une famille catho de Schaerbeek, Jo a la foi. Dans les héritiers de Rimbaud-Verlaine-Baudelaire mais aussi, au rayon privé, envers le Grand Concierge dans le Ciel. Le personnage connaît la cartographie des sentiments comme celle des croisements culturels. De New York à Avignon, de Paris à Edimbourg, il bourlingue toujours, loup sans âge en quête de meute idéale, pour recruter des comparses créatifs, sentimentaux, décalés, irrespectueux: hier, c'était, au hasard, le buto halluciné des Japonais de Sankaï Juku, prochainement, c'est Please Kill Me, histoire scénique du punk selon les journalistes/écrivains américains Legs McNeil et Gillian McCain (2). " Cela m'a semblé être parfaitement identifié à une époque, un lieu, aux violences et questions désespérées de la vie", explique Jo. " Il y a là une mesure de désespoir, y compris dans les naïvetés. C'est un bijou dans sa catégorie et puis Please Kill me , c'est la phrase de Lou Reed, qui ne le veut évidemment pas (mourir)." Dans le parcours de Monsieur Dekmine, surgissent 2 constats: un vrai plaisir de chercheur-découvreur, le genre de truc qui ne s'éteint jamais, et une méfiance proverbiale envers " les arts en majuscules". Il précise: " Faut pas oublier que les idéologies sont mortes, que les grands élans sont cadavérisés -en dehors des folies religieuses qui me font peur...- je pense que la culture s'est dépolitisée, même s'il y a encore des spectacles qui s'en prennent au monde et à la vie. Par exemple, L'instant T (3), l'histoire d'un couple de 40 ans qui se déchire, je n'ai jamais vu un spectacle parlant de cela comme cela. C'est peut-être la définition du grand théâtre." l (1) DU 17 AU 19/01 À 19H30 ET MATINÉE LE 19 À 14H30, AVEC NO WAY BACK, BREAK DANCE URBAINE (2) DU 24 AU 27/01 À 20H30 (3) DU 7 AU 9/03 À 20H30, WWW.THEATRE140.BEPHILIPPE CORNET