Symbiose
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Symbiose Galerie Nardone, 27-29 rue Saint-Georges, à 1050 Bruxelles. Jusqu'au 14/10. On ne comprend jamais aussi bien une exposition que lorsque l'on a la possibilité de remonter à l'étincelle par laquelle elle a commencé. Nombreux sont pourtant les curateurs animés par des stratégies qui ont bien intégré le Zarathoustra de Nietzsche: "Ils troublent (...) leurs eaux pour les faire paraître profondes." Galeriste bruxellois à la langue déliée, Antonio Nardone se situe à l'opposé des dissimulations manipulatoires. Il livre tout en vrac: son besoin de se recentrer sur sa galerie qu'il avait délaissée à la faveur de projets imaginés pour des musées ainsi que la difficulté de vendre sonnant et trébuchant quand il s'agit d'exposition de groupe. Contre cela, il a forgé un accrochage en forme d'antidote stimulant qui possède le double avantage de reposer sur un concept -un moteur essentiel quand on a signé des événements pour plusieurs institutions- et de faire dialoguer les représentants de son écurie avec d'autres artistes. C'est le travail de Phil Van Duynen qui a soufflé au galeriste la trame du show. Il explique: "Quand on regarde une de ses oeuvres, on se rend compte que tout est faux, rien n'est ce qu'il semble être, à l'image de ce que l'on croirait être un homme avec une tête de renard, les créatures hybrides qu'il signe résultent d'une inextricable superposition de dessins, photos et scans dont il est impossible de démêler l'écheveau." Cette logique du patchwork tarabiscoté emmène Nardone du côté de la "symbiose", tout particulièrement l'idée selon laquelle "l'être humain unique et indépendant n'existe pas, il est toujours pris dans d'immenses et complexes réseaux de relations symbiotiques". Je n'est plus seulement un autre... il est des autres. "Les humains vivent des symbioses d'intensités diverses avec un certain nombre d'animaux et de plantes domestiques", a écrit le scientifique José Halloy en guise d'introduction à l'exposition. Ce constat donne ses lignes de force à la programmation qui, outre Van Duynen, convie six plasticiens. Et plutôt que de se replier sur lui-même, Antonio Nardone s'est démené pour emprunter deux talents à d'autres galeries. Pas des moindres puisqu'il s'agit de Joel-Peter Witkin (Galerie Leblon) et de son petit théâtre de la cruauté très "érotico-freaky", ainsi que Michel Vanden Eeckhoudt (Box Galerie) dont les images de grande lisibilité -ici tout est vrai- ajoutent au trouble du visiteur. Parmi les plasticiens conviés, il faut également pointer le génial Sud-Africain Roger Ballen, contacté en direct. Son univers suffocant et anxiogène s'étale tout le long de cinq clichés perturbants: Alter Ego, Artist, Malicious, Take Off, Playroom, tous issus de Asylum of the Birds, l'une de ses plus belles séries. La thématique est également déclinée en trois dimensions à la faveur des sculptures de Mario Ferretti, qui entrelacent végétal et métal, bois et acier. Il faut également citer Roberto Kusterle et ses images infusées au "réalisme fantastique", qui lèvent le voile sur d'étranges créatures ayant noué un dialogue pénétrant avec l'animalité et les abysses. Sans oublier la jolie découverte qu'offrent les photographies argentiques déconstruites et maltraitées du Napolitain Ivan Piano. La représentation narcissique y est en lutte avec sa progressive destruction. Ce qui est forcément remuant. www.galerienardone.beMICHEL VERLINDEN