Outre ses 386 millions de jeux écoulés sur près d'un quart de siècle, Pokémon est aussi devenu une histoire de transmission aux plus jeunes pour certains parents gamers. Le jeu qui se pratique aussi avec des cartes à jouer (depuis 1996, Nintendo en a vendu 34,1 milliards) dès la cour de récré se hisse ainsi comme un vulgarisateur des RPG au tour par tour. Cette éducation à un genre ludique en voie d'extinction résonne avec Shin Megami Tensei V.
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Outre ses 386 millions de jeux écoulés sur près d'un quart de siècle, Pokémon est aussi devenu une histoire de transmission aux plus jeunes pour certains parents gamers. Le jeu qui se pratique aussi avec des cartes à jouer (depuis 1996, Nintendo en a vendu 34,1 milliards) dès la cour de récré se hisse ainsi comme un vulgarisateur des RPG au tour par tour. Cette éducation à un genre ludique en voie d'extinction résonne avec Shin Megami Tensei V. Lancée en 1992 au Japon mais méconnue sous nos tropiques, la saga des Megami Tensei s'est toujours inspirée des religions et mythologies du monde entier pour étoffer son univers tokyoïte bariolé. Cette série explorant des dimensions parallèles de la capitale japonaise a attiré des gamers occidentaux grâce Persona, spin-off dont le cinquième volet a cartonné chez nous en 2017. Dans le costume d'un jeune lycéen projeté dans une version démoniaque de Tokyo, Shin Megami Tensei V explore un monde en ruine proche de NieR Automata. Castant plus de 200 démons et dieux à intégrer dans son équipe, ce jeu de rôle post-apocalyptique est toutefois nettement plus corsé que le hit stellaire de Satoshi Tajiri. Avec son démarrage lent, ses protagonistes secondaires sommaires, son atmosphère mystique et cryptique, le récit de Shin Megami Tensei V ne restera sans doute pas dans les annales. Par contre, le jeu entretient un fascinant magnétisme grâce à une population de démons hauts en couleur. Loin d'être tous malveillants, certains subissent une oppression et en viennent à demander l'aide d'esprits profitant de leurs faiblesses. Ces créatures au spleen finalement très humain alimentent la tâche de gestion d'équipe du joueur, aspect central du jeu gorgé de subtilités. Jusqu'à trois adversaires croisés en combat peuvent être enrôlés dans son escouade. Au-delà d'un système complexe permettant d'apprendre les capacités magiques de démons débauchés, l'hybridation de ces derniers permet d'en créer d'autres plus puissants. Pour débloquer Odin parmi ses comparses, il faudra par exemple fusionner Thor, Valkyrie et Loki. Notons que cette arborescence riche et complexe s'inspire d'une foi sans frontières. D'une version très anime de Jack Frost à un vision délirante de Ganesh, le folklore britannique côtoie ainsi la religion hindoue, mais aussi la mythologie nordique, les croyances asiatiques et les cultes africains et aborigènes. Cet extraordinaire patchwork, parfois accusé de rendre triviales ces religions, étoffe un système de combats doué et subtil. Le bestiaire apparaît donc comme un point fort unique du jeu, si bien que ce dernier semble négliger ses décors urbains redondants et techniquement à la ramasse. Les phases d'exploration des mondes tentent d'élever les débats via des lieux secrets se découvrant au cours de phases très légères de plateforme. Mais globalement un seul slogan reste en tête après avoir exploré Shin Megami Tensei V: attrapez-les tous!