Samuel Carthorne Rivers (1923-2011) aura dû patienter jusqu'au milieu des années 60 avant d'être reconnu pour ce qu'il est, soit l'un des plus grands saxophonistes (ténor et soprano) de l'Histoire du jazz. Né dans le bop, Sam Rivers effectue ses débuts professionnels dans les années 50 avant de devenir l'un des fers de lance (mais une décennie plus tard), de la free music au sein de laquelle il développera un style inimitable où consonance et dissonance, mélodie et abstraction, s'épouseront étroitement. Bien qu'il joue avec Cecil Taylor au début des années 60, il faudra attendre que le saxophoniste se produise au...

Samuel Carthorne Rivers (1923-2011) aura dû patienter jusqu'au milieu des années 60 avant d'être reconnu pour ce qu'il est, soit l'un des plus grands saxophonistes (ténor et soprano) de l'Histoire du jazz. Né dans le bop, Sam Rivers effectue ses débuts professionnels dans les années 50 avant de devenir l'un des fers de lance (mais une décennie plus tard), de la free music au sein de laquelle il développera un style inimitable où consonance et dissonance, mélodie et abstraction, s'épouseront étroitement. Bien qu'il joue avec Cecil Taylor au début des années 60, il faudra attendre que le saxophoniste se produise aux côtés de Miles Davis -comme en témoignera plus tard l'album Miles in Tokyo enregistré lors de la tournée du Prince noir au Japon en 1964- pour être enfin remarqué par les amateurs de jazz. C'est son complice et ami, le batteur Tony Williams, qui le présentera au trompettiste avant de l'introduire au sein du label Blue Note. Une aventure qui se traduira par l'enregistrement d'une poignée de LP, dont l'inaugural Fuchsia Swing Song (1964) restera comme l'un de ses plus grands albums. Pourtant, malgré la période d'une richesse artistique incontestable qu'il traverse alors, Sam Rivers ne s'imposera auprès des amateurs de jazz qu'après avoir initié, avec quelques musiciens biens décidés à changer leur condition de vie comme de création, une révolution inscrite, désormais, dans l'Histoire de la musique afro-américaine sous le nom de "Loft Generation". Basés à New-York, les lofteurs deviendront leurs propres producteurs, organisant dans les lieux où ils vivent (de larges espaces dans des immeubles commerciaux situés à Harlem ou SoHo) des concerts dont les bénéfices leur reviendront en intégralité. Pour Sam et son épouse, Bea Rivers, le Rivbea Studio sera le terrain d'expérimentation d'un saxophoniste qui joue désormais du piano (traité comme un instrument de percussion) tout en vocalisant une musique que transcendent de folles improvisations comme autant d'instants suspendus qui traverseront les trois décennies à venir. Bien qu'enregistré en 1978 au Keystone Korner, l'un des clubs mythiques de San Francisco, Ricochet constitue un parfait exemple de ce que fut ce moment de l'Histoire du jazz. La musique, plus libre qu'elle ne l'a jamais été, se déploie avec une densité qui ne s'interdit ni le lyrisme ni le cri et qui cultive aussi bien la mélodie que le chaos. La batterie savante de Barry Altschul comme la contrebasse précise et véloce de Dave Holland ne cessent d'entourer la fureur lyrique d'un Sam Rivers au faîte de son art sur les trois instruments qu'il utilise ce soir-là, soit le saxophone ténor, le soprano et le piano. Différent du chef-d'oeuvre absolu que reste The Quest, enregistré deux ans plus tôt en Italie (et en studio), Ricochet se révèle être musicalement plus sévère mais aussi plus abyssal que son glorieux aîné, Sam Rivers multipliant ici les incandescentes plongées improvisées qui resteront sa marque de fabrique.