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Près de 20 ans après sa parution aux États-Unis, Cassavetes on Cassavetes, l'ouvrage définitif sur le cinéaste américain, fait enfin l'objet d'une traduction française. L'auteur de Faces, Husbands, Opening Night, The Killing of a Chinese Bookie ou autre Love Streams, prématurément disparu en 1989 à l'âge de 59 ans à peine, s'y raconte à la première personne, dévidant le fil chronologique de son existence, et partageant ses réflexions, enthousiasmes, combats et méthode de travail, les commentaires de Carney contextualisant le propos au besoin. Et Cassavetes de livrer, avec l'intensité et la passion qui caractérisent son cinéma, les clés d'une oeuvre unique et fascinante, façonnée à rebours des conventions hollywoodiennes comme pour mieux vibrer avec la vie. Un ouvrage de référence, que sa somptueuse iconographie achève de rendre indispensable. Sur fond de jazz (dont il est fan), on suit Geoff Dyer en Polynésie sur les traces de Gauguin ou à Los Angeles dans les vestiges de la German California, en passant par la Norvège à la recherche (désespérée) d'une aurore boréale... Célébré par les anglophones et vénéré par Emmanuel Carrère, Geoff Dyer est encore peu traduit en français. Raison de plus pour se jeter sur ces quelques récits de voyages drôles, désabusés et d'une touchante sincérité. En arpentant les États-Unis pendant une dizaine d'années à la faveur de nombreux allers-retours, Jean-Luc Bertini a amassé une matière visuelle de choix. Celle-ci compose une "poétique de l'isolement", comme l'a écrit le théoricien Gilles Mora, rendant compte de la spécificité d'un pays contrasté comme un continent. Au total, ce sont près de 100 images, qui réconcilient vastes étendues du pays de l'oncle Sam et touches humanistes héritées de la tradition photographique française. "Un traducteur ne traduit pas des mots, il ne traduit pas des phrases, il traduit des effets." En passant du passé simple au présent, la traductrice Josée Kamoun a redonné au classique de l'anticipation d'Orwell tout son romanesque. Par sa ligne claire, le Brésilien Fido Nesti apporte une angoisse douce à cette naissance du totalitarisme. Une expérience graphique autant que littéraire. On connaît le goût de Monsieur Toussaint Louverture pour les projets monstres. Il propose ici de redécouvrir en coffret triple le tortueux Lynd Ward (1905-1985), véritable précurseur du roman graphique. Conteur exclusivement visuel, dans la lignée expressionniste d'un Frans Masereel, l'illustrateur et graveur américain documentait avec force les soubresauts sociaux de la Grande Dépression. Des textes d'Art Spiegelman (Maus) accompagnent ce travail colossal. Depuis quelques années, les éditions Gallmeister ont le bon goût de rééditer les romans de Trevanian, nom de plume longtemps mystérieux de l'américain Rodney Whitaker, mort en 2005. Trevanian fut le Banksy du polar américain dans les années 70, dynamitant le genre de sa plume misanthrope et singulière. À l'image de ce Shibumi, ici réédité en version illustrée par Qu Lan, qui mêle la brutalité du meilleur tueur du monde à sa passion contemplative du jeu de go. Zen et explosif à la fois. Avec Cinémas de Bruxelles, Isabel Biver propose une déambulation dans les salles obscures de la capitale, passées et présentes, dont elle dresse le panorama exhaustif assorti de mises en perspective architecturales et historiques. Un ouvrage passionnant, que rehaussent les photographies de Marie-Françoise Plissart, documentant les salles contemporaines tout en inscrivant d'anciens cinémas dans leur contexte urbain. Après s'être arrêté en début d'année à Bozar, Nick Cave aurait dû repasser en avril au Sportpaleis avec ses Bad Seeds. Le crise sanitaire en a évidemment décidé autrement. Le musicien australien n'a pas chômé pour autant. Destiné au départ à une diffusion unique en streaming payant, son live piano solo enregistré à l'Alexandra Palace, baptisé Idiot Prayer, a finalement bénéficié d'une sortie en bonne et due forme. Dans la foulée, le chanteur publie Stranger Than Kindness. Pas vraiment une autobiographie, mais une sorte de plongée dans ses archives personnelles. Hormis un texte de l'autrice Darcey Steinke, elle est essentiellement visuelle. Où l'on retrouve des photos de famille et autres clichés ados. Mais surtout pas mal de carnets de notes (parfois écrits avec son propre sang) et autres artefacts. Des objets collectionnés au fil des années, et qui ont souvent alimenté les paroles d'une chanson, d'un livre, etc. Comme cette sacoche siglée Kylie, reçue lors d'une balade sous XTC, ou encore cette boîte trouvée sur un marché aux puces à Berlin, renfermant trois mèches de cheveux... S'il n'existe pas à proprement parler de regard féminin sur le monde, pas plus qu'un usage féminin de l'obturateur, l'Histoire de la photographie a trop longtemps roulé dans les ornières de l'oeil masculin, négligeant l'apport des Natalia LL, Abigail Heyman et autre Newsha Tavakolian. Il était donc plus que temps d'écrire un récit élargi de ce médium, une sorte de roman visuel audacieux, qui éclaire l'amateur au-delà des figures consacrées telles que Germaine Krull, Diane Arbus ou Cindy Sherman. On doit l'initiative à Marie Robert, conservatrice en chef au Musée d'Orsay, et Luce Lubart, commissaire d'exposition. Ensemble, elles signent Une histoire mondiale des femmes photographes qui reprend les travaux de 300 photographes femmes par le biais de 450 images. Le tout pour une immersion emmenant de l'invention du médium jusqu'à l'aube du XXIe siècle. Courte nouvelle dans un Las Vegas en décrépitude, There's No Business (1984) témoigne du dernier tour de piste et de gloire d'un humoriste ringard. Sous la plume de Bukowski c'est forcément cinglant sur l'Amérique reaganienne. Les dessins de Crumb, autre roi américain de la satire acide, enjolivent cette petite bombe glissée sous le sapin. Il faudra encore ronger son frein avant de pouvoir découvrir The French Dispatch, le nouveau film de Wes Anderson. On peut, en attendant, se délecter de la somme richement illustrée que consacre Ian Nathan au génial auteur de The Darjeeling Limited, dont il retrace le parcours et la filmographie avec un soin maniaque (et force anecdotes). Avec un avant-goût d'un dixième long métrage qui s'annonce comme l'un des événements de 2021.Le Maître du Haut Château, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? (futur Blade Runner), Ubik... Si Philip K. Dick (1928-1982) a vu ses romans passer à la postérité, c'est dans les nouvelles, ici publiées en coffret deux volumes (quelque 120 récits), que l'auteur américain a pu déployer les thématiques qui lui étaient chères, "comme des petites récréations, des laboratoires d'idées", écrit Laurent Queyssi, préfacier de cette prestigieuse édition. Le spécialiste y décrit bien comment, même avant le succès en long format, Dick fut un régulier des revues, des pulp en particulier, se démarquant déjà par un point de vue étranger au grandiloquent du space opera, plus préoccupé à transcrire (sans toujours le savoir) ses angoisses d'une guerre de l'atome et ses fragilités psychologiques. Plutôt que de dérouler de conflits, le père de Minority Report et de Total Recall (deux adaptations de nouvelles) n'a eu de cesse de questionner notre réalité présente et future, et de nous plonger dans le tourbillon sombre de notre humanité. À (re)découvrir! Une Histoire mondiale des musées, à la fois politique, sociale et culturelle? C'est inédit! C'est en philosophe et historien que Krzysztof Pomian appréhende ce lieu qui contient des merveilles et les donne à voir mais recèle aussi bien des tractations épiques en coulisses. Pour ce premier tome (trois seront publiés sur deux ans), il remonte aux prémices de l'institution, au XVe siècle en Italie, avant une propagation européenne. Passionnant et précieux! Cette très belle édition française est le résultat de la pugnacité des éditions Delcourt, éditeur de l'oeuvre de Chris Ware. Aussi touchant que Jimmy Corrigan et moins complexe dans sa forme que Building Stories, Rusty Brown n'en est pas moins un livre majeur sous forme de récit choral, contant les déboires d'un gamin, puis d'un jeune homme et enfin d'un adulte du Nebraska, et approfondissant les thèmes chers à l'auteur: l'inadaptation, la vie, la mort et tout le bazar... S'il est une série qui n'a guère pris de rides, c'est bien celle de l'Italien Hugo Pratt. Pourtant entamées dès 1967, les aventures de son marin maltais taciturne et romantique restent à la fois une référence et un plaisir de lecture qui n'ont rien perdu de leur pertinence et de leur modernité un demi-siècle plus tard. La preuve par cette nouvelle intégrale des 29 aventures, longues et courtes, de Corto Maltese, qu'on nous dit disponible en tirage limité: les douze albums d'origine (de La Ballade de la mer salée à Mû) en sont devenus sept, rassemblés dans un beau coffret pour une fois abordable. Et pour ceux qui posséderaient déjà l'ensemble et qui n'aiment pas doublonner, Casterman propose par ailleurs la réédition de ce que l'auteur italien appelait lui-même sa "trilogie des religions": trois récits indépendants de sa série mythique, dont le fameux Jesuit Joe, suivi dans la réédition de La Macumba du gringo et de À l'ouest de l'Éden. Jesuit Joe, métis indien à la recherche de sa soeur dans le Grand Nord canadien, personnage mutique on ne peut plus "prattien", tiraillé entre ses besoins de vengeance et de fraternité, vaut à lui seul plus qu'un coup d'oeil. On en viendrait à espérer une troisième vague pour se délecter de ces 1 600 pages de Pratt. Après la refonte de la collection Titres, Christian Bourgois Éditeur se tourne pour son autre label, 1966, vers les titres emblématiques de son catalogue en augmentant leur contenu. La quête de Macon Mort, adolescent noir du Chant de Salomon, est accompagnée par une préface de Christiane Taubira (lectrice admirative de Toni Morrison) et l'impertinence de Boris Vian voit double, entre ses sonnets un peu pitres et J'irai cracher sur vos tombes, faux roman américain qui lui vaudra bien des mésaventures et dont l'édition ici est enrichie d'un dossier passionnant signé Noël Arnaud. C'est une histoire qui se lit comme un thriller, un portrait de groupe ressemblant à un film choral, une traversée vertigineuse de l'Histoire du creuset créatif qu'a été New York entre 1958 et 1976. Avec brio, Kembrew McLeod raconte tous les grands et moins grands musiciens, artistes, écrivains, performeurs, danseurs, cinéastes, à avoir écumé Big Apple pour y fomenter la révolution des sens, des sons et des images allant de la contre-culture à l'explosion punk. Malik Sidibé, Seydou Keïta, Jean Depara... Si pour vous la photographie africaine s'arrête là, il est grand temps d'ouvrir les yeux. Cela dit, votre cas n'est pas isolé. Plus largement, c'est l'Occident tout entier qui est passé -et ne cesse de passer- à côté de la production d'une mosaïque de pays au sein desquels la photographie représente pourtant le premier médium d'expression artistique. Pour preuve, même les célèbres Rencontres d'Arles affichent un bilan décevant en la matière. "Des Noirs en sujets, mais aucun derrière l'objectif", s'étonnait en 2019 Anna-Alix Koffi, éditrice de la revue Something We Africans Got, au regard de la programmation. Heureusement, Ekow Eshun, critique d'art basé à Londres, a décidé de remettre les pendules à l'heure. Cet observateur avisé de la scène artistique africaine vient faire paraître une somme essentielle sur le sujet. Sa sélection ultra-pertinente révèle le talent d'une cinquantaine de photographes venus des quatre coins du continent. Africa 21e siècle aborde, au fil de 300 images, des thématiques aussi variées que l'urbanisme, le poids de l'héritage colonial, ainsi que les questions de genre et d'identité. L'année 2020 restera évidemment celle du Covid, mais fut aussi celle de la redécouverte de Didier Comès, orfèvre du noir et blanc décédé en 2013: une remarquable exposition au musée BELvue (que l'on peut visiter en ligne), un catalogue D'Ombre et de Silence signée Thierry Bellefroid du même tonneau, et des rééditions bienvenues, tels ces "romans noir et blanc" en deux tomes, et qui reprennent l'intégralité de ses récits parus dans la revue (À suivre): Silence, La Belette, L'Ombre du corbeau et bien d'autres, parfois inédits en album, jusqu'à son ultime Dix de der. Un voyage plein de ruralité, de poésie et de profondeur dans une oeuvre d'une rare richesse picturale. Un grand maître belge. Après une enfance rugueuse, Bill Furlong, le marchand de bois, est devenu en 1985 un honnête père de famille, attentif au bonheur de ses cinq filles. Mais lorsqu'il va faire une livraison au couvent du Bon Pasteur, le sort cruel des blanchisseuses lui tord le coeur et il lui faut intervenir. Ce court et magnifique conte de Noël est peut-être ce que nous attendions, transis. Claire Keegan nous fait don d'heures réconfortantes comme une bouillotte. S'attaquer à un classique pour y injecter d'autres images que celles que se fait le lectorat depuis 1937 n'est pas mince affaire. À ce jeu de l'authentique réinterprétation, Rébecca Dautremer excelle. En passant par toutes les focales (saynètes dialoguées où l'anglais se glisse discrètement dans l'image, gros plans, expérimentations formelles), Lennie et George gagnent en contraste et humanité. C'est n'est pas juste beau: c'est impressionnant! Initialement sorti en 2015 dans une version (plus) coûteuse; ce livre à dominante photographique a été conçu avec l'intime complicité de Jagger & Co. Dans un format 30 x 30 centimètres défilent plus de 450 images et illustrations en provenance du monde entier. Mais c'est évidemment la signature de noms génétiquement prestigieux -David Bailey, Annie Leibovitz, Anton Corbijn, David LaChapelle, Helmut Newton, Gered Mankowitz...- qui garantit une qualité aussi diversifiée qu'intemporelle. Un parfait investissement.