Sept ans que ça dure. Quotidiennement ou presque, Martin Vidberg se penche sur sa table à dessin, relit probablement les gros titres, les "bons sujets" et les infos à ressort, et tente d'en tirer, comme Kroll, Dubus, Plantu, Marec, Kanar et tant d'autres dessinateurs de presse, LE dessin qu'ils estiment le plus drôle ou le mieux tapé. Dans le genre, Martin Vidberg a imposé sa petite musique, tout en rondeur, jamais en méchanceté: pur produit de la blogosphère des années 2000 -à peine était-il nommé prof qu'il se mettait à raconter ses journées sur son blog Everland-, Vidberg a rapidement imposé ses bonshommes en patate, minimalistes mais suffisants pour y mettre tout, et tout le monde. Avant d'en faire un incontournable du dessin de presse en s'associant au site Lemonde.fr, réunissant plusieurs blogs, dont le sien. Un succès viral qui lui permet désormais de s'offrir des rétrospectives annuelles ou bisannuelles sur papier. Ainsi ce Mieux vaut en rire!, et en réalité quatrième tome de son Actu en patates, qui reprend le meilleur de ses cartoons réalisés entre septembre 2013 et septembre 2015. Et donc avec, en plein milieu, les attentats de Charlie Hebdo, qui auront entre autres coûté la vie à quatre des meilleurs auteurs du genre (Cabu, Charb, Tignous et Wolinski). Et donc changé le métier.

L'avant et l'après

Hollande en scooter, la courbe du chômage, la NSA, l'affaire Bygmalion, l'omniprésence des réseaux sociaux, l'arrivée de Manuel Vals... Tout ça fut évacué en quelques coups de Kalach' contre quelques coups de crayon, ôtant probablement pour longtemps toute légèreté ou pure fantaisie au dessin de presse, désormais considéré comme un acte politique scruté de très près. Une pression peu commune sur les premiers intéressés, considérés jusque-là comme d'innocents rigolards. Or, une évidence s'impose dans ce condensé de cartoons: plus l'actu est affreuse, plus Vidberg est bon. Et ses meilleurs dessins, entendez les plus immédiatement drôles, indépendamment ou à cause de leur charge affective, concernent presque tous les attentats de Charlie et l'après-7 janvier. Depuis cette date, le métier se cherche de nouvelles plumes à suivre et à référencer. Vidberg, derrière sa bonhomie et son évident bon fond, semble avoir répondu au défi en restant fidèle à son style faussement naïf, mais en n'en déviant pas. Il fait partie, avec l'excellent Soulcié, des "nouveaux" dessinateurs de presse sur qui il faudra encore compter: si le pire lui fait dessiner le meilleur, le Français Martin Vidberg a sans doute encore de beaux cartoons devant lui...

DE MARTIN VIDBERG, ÉDITIONS DELCOURT. 206 PAGES.

Sept ans que ça dure. Quotidiennement ou presque, Martin Vidberg se penche sur sa table à dessin, relit probablement les gros titres, les "bons sujets" et les infos à ressort, et tente d'en tirer, comme Kroll, Dubus, Plantu, Marec, Kanar et tant d'autres dessinateurs de presse, LE dessin qu'ils estiment le plus drôle ou le mieux tapé. Dans le genre, Martin Vidberg a imposé sa petite musique, tout en rondeur, jamais en méchanceté: pur produit de la blogosphère des années 2000 -à peine était-il nommé prof qu'il se mettait à raconter ses journées sur son blog Everland-, Vidberg a rapidement imposé ses bonshommes en patate, minimalistes mais suffisants pour y mettre tout, et tout le monde. Avant d'en faire un incontournable du dessin de presse en s'associant au site Lemonde.fr, réunissant plusieurs blogs, dont le sien. Un succès viral qui lui permet désormais de s'offrir des rétrospectives annuelles ou bisannuelles sur papier. Ainsi ce Mieux vaut en rire!, et en réalité quatrième tome de son Actu en patates, qui reprend le meilleur de ses cartoons réalisés entre septembre 2013 et septembre 2015. Et donc avec, en plein milieu, les attentats de Charlie Hebdo, qui auront entre autres coûté la vie à quatre des meilleurs auteurs du genre (Cabu, Charb, Tignous et Wolinski). Et donc changé le métier. Hollande en scooter, la courbe du chômage, la NSA, l'affaire Bygmalion, l'omniprésence des réseaux sociaux, l'arrivée de Manuel Vals... Tout ça fut évacué en quelques coups de Kalach' contre quelques coups de crayon, ôtant probablement pour longtemps toute légèreté ou pure fantaisie au dessin de presse, désormais considéré comme un acte politique scruté de très près. Une pression peu commune sur les premiers intéressés, considérés jusque-là comme d'innocents rigolards. Or, une évidence s'impose dans ce condensé de cartoons: plus l'actu est affreuse, plus Vidberg est bon. Et ses meilleurs dessins, entendez les plus immédiatement drôles, indépendamment ou à cause de leur charge affective, concernent presque tous les attentats de Charlie et l'après-7 janvier. Depuis cette date, le métier se cherche de nouvelles plumes à suivre et à référencer. Vidberg, derrière sa bonhomie et son évident bon fond, semble avoir répondu au défi en restant fidèle à son style faussement naïf, mais en n'en déviant pas. Il fait partie, avec l'excellent Soulcié, des "nouveaux" dessinateurs de presse sur qui il faudra encore compter: si le pire lui fait dessiner le meilleur, le Français Martin Vidberg a sans doute encore de beaux cartoons devant lui...