Que peut-on attendre de la 45e édition des César qui se tiendra ce 28 février à Paris (1)? Bien malin qui saurait répondre à cette question, eu égard aux remous ayant agité ces derniers mois le cinéma français et, dans la foulée, l'Académie présidant à l'organisation de l'événement. Tout commence en novembre dernier lorsque, en une prise de parole aussi courageuse que salutaire, la comédienne Adèle Haenel brise un silence assourdissant, accusant le réalisateur Christophe Ruggia de harcèlement et d'attouchements lorsqu'il l'avait fait débuter, encore mineure, dans Les Diables. Un cri à l'origine d'une prise de conscience, comme si, d'...

Que peut-on attendre de la 45e édition des César qui se tiendra ce 28 février à Paris (1)? Bien malin qui saurait répondre à cette question, eu égard aux remous ayant agité ces derniers mois le cinéma français et, dans la foulée, l'Académie présidant à l'organisation de l'événement. Tout commence en novembre dernier lorsque, en une prise de parole aussi courageuse que salutaire, la comédienne Adèle Haenel brise un silence assourdissant, accusant le réalisateur Christophe Ruggia de harcèlement et d'attouchements lorsqu'il l'avait fait débuter, encore mineure, dans Les Diables. Un cri à l'origine d'une prise de conscience, comme si, d'un seul coup, le mouvement #MeToo, envers lequel il avait observé jusqu'alors une prudente réserve, rattrapait le cinéma hexagonal. Démonstration quelques jours plus tard, lorsque la sortie de J'accuse, le nouveau film de Roman Polanski, s'accompagne de vives polémiques, à la suite des accusations de viol dont fait l'objet le réalisateur franco-polonais (sans que la justice y ait donné suite). C'est dans ce contexte miné que l'Académie des César refuse, le 13 janvier, deux "marraines", Claire Denis et Virginie Despentes, choisies par de jeunes acteurs pour les accompagner lors du dîner des Révélations. La décision arbitraire passe mal et les douze nominations faisant de J'accuse le favori objectif du millésime 2020 ne contribuent pas à restaurer la sérénité. Un peu moins encore dès lors que le fonctionnement même de l'Académie pose question, comme le soulignent 400 membres dans une tribune publiée quelques jours plus tard, et dénonçant tout autant l'opacité de sa gestion qu'un mode d'organisation obsolète (les 47 membres de l'Association la chapeautant l'étant de droit parce que Français et lauréats d'un Oscar, ou cooptés). Avec, pour effet immédiat, la démission du président Alain Terzian, en poste depuis 2003, et du conseil d'administration de l'Académie, un nouveau directoire devant être désigné après une cérémonie qui s'annonce sous haute tension. Autant dire que Florence Foresti, la maîtresse de cérémonie, aura fort à faire pour apaiser les esprits, a fortiori si, comme tout donne à le penser, le film de Roman Polanski devait remporter l'une ou l'autre compression. Non sans espérer que la houle pressentie n'occulte pas totalement des enjeux esthétiques et cinématographiques dont il n'a été que trop peu question par ailleurs. L'édition 2020 des César est là, en effet, pour témoigner de la richesse et de la diversité du cinéma français avec, comme titres en lice dans les catégories meilleur film et réalisateur, J'accuse, donc, mais encore Les Misérables, de Ladj Ly, La Belle Epoque, de Nicolas Bedos, Grâce à Dieu, de François Ozon, Hors Normes, d'Olivier Nakache et Eric Toledano, Roubaix: une lumière, d'Arnaud Desplechin et Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma, seule femme dans un monde certes pas encore gagné à la parité... Mais soit, voilà qui promet un(e) lauréat(e) de haut vol, que pourraient rejoindre Laurent Micheli (Lola vers la mer) ou les frères Dardenne (Le jeune Ahmed), nommés dans la catégorie du meilleur film étranger...