L'on n'attendait guère François Ozon (lire son interview) sur le terrain de l'actualité. C'est aujourd'hui chose faite avec Grâce à Dieu, où le réalisateur de Dans la maison s'empare d'un thème brûlant: les scandales de pédophilie agitant l'Église, et plus particulièrement l'affaire Preynat qui continue de secouer le diocèse de Lyon (avec, le 7 mars dernier, la condamnation du cardinal Barbarin, le titre du film étant emprunté à une déclaration malheureuse de ce dernier: "Grâce à Dieu, tous ces faits sont prescrits"). Le récit, Ozon le déploie en trois temps, l'ouvrant sur Alexandre (Melvil Poupaud), catholique fervent se lançant dans un combat opiniâtre lorsqu'il découvre que le prêtre ayant abusé de lui officie toujours auprès d'enfants. Suivront François (Denis Ménochet), bloc d'énergie, et Emmanuel (Swann Arlaud), sur le fil du rasoir, venus prendre le témoin pour tenter de briser l'omerta dont l'institution religieuse couvrait les agissements de certains de ses membres. Film sur cette indispensable prise de parole autant que reconstitution minutieuse d'une affaire ayant défrayé la chronique, Grâce à Dieu trouve dans l'enchaînement des points de vue un triple élan qu'accompagne sobrement la mise en scène d'Ozon, glissant avec une belle fluidité d'un registre à l'autre, mélo et enquête se rejoignant dans un crescendo de thriller. Si l'approche est frontale, le résultat n'a cependant ni les lourdeurs du film de prétoire ni celles du film à thèse. Puissamment incarnée par ses trois comédiens, l'oeuvre se révèle à la fois sensible et engagée, intime et politique, urgente et intemporelle aussi, dès lors qu'elle questionne le rapport à la foi sans se laisser enfermer dans une quelconque vision dogmatique. Fort.

De François Ozon. Avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud. 2h17. Sortie: 03/04. ****