De Spike Lee. Avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier.
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Elle paraît incroyable, mais l'histoire est basée sur des faits réels. Elle raconte comment un policier noir (le premier Afro-Américain à intégrer la police de Colorado Springs) parvient à infiltrer... le Ku Klux Klan dans les années 70! John David Washington incarne à merveille ce personnage plein d'audace et d'humour, devant la caméra brillante d'un Spike Lee qui retrouve sa veine politique sans oublier de divertir. On s'amuse beaucoup, tout en voyant naître des parallèles troublants avec l'actualité récente aux États-Unis... L.D.Depuis Cannes, la Caméra d'or, la Queer Palm et le prix d'interprétation Un Certain Regard décroché par Victor Polster, il n'y en a que pour Girl. Et c'est loin d'être fini... Ça ne fait que commencer, à vrai dire, puisque le film, qui ouvrira le Film Fest de Gand le 9 octobre prochain avant de débouler officiellement dans nos salles huit jours plus tard, a tout pour truster tous les prix dans les prochains mois -jusqu'aux Oscars, où le film représentera la Belgique? Premier long du jeune surdoué gantois Lukas Dhont, Girl fait le récit de la quête émancipatrice d'un corps impatient, celui de Lara, talentueuse adolescente née garçon qui rêve de devenir danseuse étoile alors qu'elle entame un processus de transition sexuelle. Parrainé par Dirk Impens, le producteur de Felix Van Groeningen (The Broken Circle Breakdown), le film, virevoltante traversée du miroir baignée de lumière gracieuse, impressionne par sa justesse, sa maturité et son jusqu'au-boutisme. Une expérience de cinéma qui ébranle. N.C.Christian Petzold, l'auteur de Barbara, transpose de nos jours à Marseille Transit, le roman écrit en exil en 1941 et 1942 par Anna Seghers, et qui relatait l'histoire de réfugiés fuyant la persécution nazie. La collision des époques est saisissante, alors que l'on découvre Georg (Franz Rogowski) au nombre de ceux tentant d'embarquer à destination de l'Amérique pour échapper aux fascistes. Et qui, afin de faciliter son entreprise, va endosser l'identité d'un écrivain mort avant de tomber amoureux de Marie (Paula Beer), une mystérieuse jeune femme à la recherche de son mari... À la suite de ces personnages fantomatiques, le cinéaste allemand signe un film en résonance limpide avec l'actualité, non sans y infuser une part de romanesque pour un résultat déconcertant, mais plus encore troublant. J.F. PL.Auréolé du triomphe de La La Land, Damien Chazelle retrouve Ryan Gosling pour First Man, un biopic ancré dans l'Amérique des sixties. L'acteur canadien y campe Neil Armstrong, le premier homme à avoir, en juillet 1969, posé le pied sur la Lune -"C'est un petit pas pour l'homme, mais un bond de géant pour l'humanité"-, le film retraçant par ailleurs l'histoire de cette mission spatiale d'exception. Lancé lors de la Mostra de Venise, First Man atterrira sur les écrans de la planète mi-octobre. J.F. PL.Pour son premier film américain, Jacques Audiard (Un prophète, Dheepan) se frotte à l'un des genres qui ont fait la légende hollywoodienne: le western. Et pas n'importe lequel, The Brothers Sisters n'étant autre que l'adaptation du cultissime roman de Patrick deWitt, avec dans les rôles des frangins, tueurs de profession empruntant la route reliant l'Oregon à la Californie, Joaquin Phoenix et John C. Reilly, et pour leur tenir compagnie, Jake Gyllenhaal et autre Rutger Hauer. On demande à voir... J.F. PL.Cinq ans après, le cinéaste polonais Pawel Pawlikowski renoue avec la grâce de Ida, dont il reprend d'ailleurs les codes esthétiques -format carré et noir et blanc somptueux. Soit se déployant entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 50, une histoire d'amour impossible inscrite dans les plis de la guerre froide. Et portée à incandescence par un inoubliable duo d'acteurs: Joanna Kulig et Tomasz Kot. Une oeuvre d'une foudroyante beauté, Prix de la mise en scène à Cannes. J.F. PL.Zain (formidable Zain Alrafeea) est un gamin des rues de Beyrouth, lancé dans une odyssée le dépassant afin de se soustraire au sort funeste que lui ont réservé les adultes -le film débute alors qu'il intente un procès à ses parents pour lui "avoir donné la vie". Nadine Labaki (Et maintenant, on va où?) retrace son combat d'une caméra rageuse et sensible. Et signe une oeuvre forte et émouvante, dont l'on regrettera qu'elle soit par trop surlignée. Prix du jury à Cannes. J.F. PL.Treizième long métrage de fiction d'Hirokazu Kore-eda, Shoplifters a valu au maître nippon la Palme d'or lors du dernier Festival de Cannes. Si ce n'est pas là son meilleur film, ce n'est cependant que justice, eu égard au parcours du réalisateur de Nobody Knows et Still Walking. Le cinéaste y renoue avec l'un de ses thèmes de prédilection, la famille, laquelle, dysfonctionnelle autant qu'aimante pour le coup, combat la précarité en recourant à divers expédients, non sans accueillir bientôt une fillette maltraitée... Confirmant en cela une tendance amorcée dans The Third Murder, le cinéma de Kore-eda acquiert une dimension sociale plus affirmée que par le passé, exposée en nuances subtiles dans un drame délicat et sensible, mais aussi universel... J.F. PL.Acteur indé abonné aux personnages perturbés révélé en ado mutique dans Little Miss Sunshine, Paul Dano passe pour la première fois derrière la caméra avec Wildlife. Adapté de Richard Ford, ce drame familial feutré au classicisme assumé, film de personnages dont l'atmosphère évoque parfois les toiles d'un Edward Hopper, fait le pari de la subtilité, idéalement servi par un casting en or d'où se détache la Britannique Carey Mulligan, phénoménale en femme au foyer mal mariée consumée par un feu intérieur. N.C.