Cerebrum, le faiseur de réalités s'inscrit dans la veine féconde des spectacles-conférences. Avec un dispositif dépouillé intégrant un pupitre, un écran de projection, un ordinateur, quelques feuilles et des craies sur une petite table. Et avec un conférencier, Yvain Juillard, qui entre tout simplement par la porte et salue le public avant de commencer son speech. Reste alors à voir quelle position adopter dans cet entre-deux, cette zone frontière entre théâtre et conférence. Certains, comme Jérôme Piron et Arnaud Hoedt dans le remarquable La Convivialité, choisissent de s'afficher comme non-acteurs, en profs qui ont adopté un...

Cerebrum, le faiseur de réalités s'inscrit dans la veine féconde des spectacles-conférences. Avec un dispositif dépouillé intégrant un pupitre, un écran de projection, un ordinateur, quelques feuilles et des craies sur une petite table. Et avec un conférencier, Yvain Juillard, qui entre tout simplement par la porte et salue le public avant de commencer son speech. Reste alors à voir quelle position adopter dans cet entre-deux, cette zone frontière entre théâtre et conférence. Certains, comme Jérôme Piron et Arnaud Hoedt dans le remarquable La Convivialité, choisissent de s'afficher comme non-acteurs, en profs qui ont adopté un mode inhabituel pour parler de l'orthographe d'inventive façon. D'autres, comme Bruno Vanden Broecke dans le tout aussi remarquable Para, écrit sur base de témoignages par David Van Reybrouck, sont des comédiens qui incarnent un personnage venu donner une conférence, avec une tel talent que plusieurs spectateurs s'y laissent prendre. D'autres encore, comme Hervé Guerrisi et Grégory Carnoli dans L.U.C.A. (autre réussite), se présentent comme des comédiens qui exposent, en utilisant les moyens du théâtre, le résultat d'une recherche les concernant directement (leurs racines, leurs origines familiales).Yvain Juillard, à la fois biophysicien et comédien formé à l'Insas, prend le parti de n'en choisir aucun, ou plutôt les deux à la fois: il est tantôt scientifique vulgarisateur et tantôt comédien jouant sur les émotions. Le cul entre deux chaises, il fait tanguer l'ensemble: la conférence manque de naturel, de spontanéité, et le jeu théâtral semble un peu maladroit, comme sorti de nulle part. Mais dans une posture comme dans l'autre, Yvain Juillard parvient à transmettre énormément d'informations sur son sujet: le cerveau, cette merveilleuse machine par laquelle nous percevons le monde. Et d'entrée de jeu, Yvain Juillard démontre, par un petit test (il y en aura d'autres), que cet organe complexe, plastique, est un filtre qui peut être trompeur, que la "réalité" qu'il nous présente n'est pas forcément la réalité telle qu'elle "est". De la structure du système nerveux restituée à la craie sur les murs et le sol noirs aux altérations spectaculaires de la perception visuelle de patients héminégligents, le conférencier-acteur balade son auditoire en abordant aussi Kant, l'évolution de la vitesse des opérations dans l'informatique, le cerveau 2.0 et les rêves d'immortalité, l'apprentissage du langage, la construction des souvenirs et la question du libre arbitre. C'est beaucoup, ça passe parfois du coq à l'âne, mais on en sort très certainement avec un regard un peu modifié, comme sorti d'un film de science-fiction aux effets spéciaux bluffants, convaincu d'être une merveille de biotechnologie que les robots n'égaleront -en principe- pas de sitôt.