Christophe Chabouté, grand maître du noir et blanc dans la lignée des Muñoz, Breccia, Tardi ou Comès, se faisait rare ces dernières années, scénaristiquement rincé par son énorme adaptation du Moby Dick de Melville (en 2014, parue comme toujours chez Vents d'Ouest). Mais en 2017, son ami CharlElie Couture, à l'occasion d'une expo commune à Bruxelles, lui mettait dans les mains le Yellow Cab de ...

Christophe Chabouté, grand maître du noir et blanc dans la lignée des Muñoz, Breccia, Tardi ou Comès, se faisait rare ces dernières années, scénaristiquement rincé par son énorme adaptation du Moby Dick de Melville (en 2014, parue comme toujours chez Vents d'Ouest). Mais en 2017, son ami CharlElie Couture, à l'occasion d'une expo commune à Bruxelles, lui mettait dans les mains le Yellow Cab de Benoît Cohen, roman autobiographique d'un réalisateur français en mal d'inspiration parti faire le taxi à New York pour tenter d'en retrouver... Déclic et pain bénit pour Chabouté, qui sort aujourd'hui son propre Yellow Cab, adaptation très personnelle et presque intime, et surtout ode à ce New York qui lui permet de raconter "l'envers du rêve américain: la lutte des classes, l'immigration, le déracinement, l'endurance, l'humilité, la tolérance, l'injustice, l'exil, la peur, la violence, la solidarité, la folie, la diversité, l'abondance, la pauvreté, la beauté, l'ivresse, l'ennui, le partage, l'époustouflante vitalité de cette ville". Avec à la clé des images puissantes et expressives de la Grosse Pomme, entre des séquences denses qui disent la démesure, et d'autres muettes pour exprimer la solitude du chauffeur de taxi et de l'étranger face à celle-ci. Sans oublier, puisque nous sommes dans une oeuvre de Chabouté, qui plus est cathartique, une plongée dans l'âme humaine, noire comme la mort et blanche comme l'espoir. Christophe Chabouté, qui se cherchait des "émotions à véhiculer" ne pouvait sans doute trouver mieux. Et on profite de la course pour signaler au passage que, si des planches originales de Yellow Cab devraient être théoriquement visibles à la galerie parisienne de Huberty & Breyne dès le 5 mars, on peut encore admirer des originaux de Chabouté dans la splendide expo Comès, d'Ombre et de Silence du musée BELvue, jusqu'au 11 avril prochain.