"Grâce à ce livre, quiconque n'a jamais rêvé de vivre à New York peut s'imaginer ce que cela a été pour moi." C'est en ces termes que CharlElie Couture (Nancy, 1956) résume New York Memories, ouvrage récemment paru aux éditions du Cherche Midi. Le pitch? Une évocation de cette "ville des extrêmes" à travers 40 chroniques douces-amères. L'homme sait de quoi il parle, lui qui est parti y vivre en 2004 et n'a rendu les clés de son appartement que tout récemment. Aujourd'hui installé à Paris, c'est donc en voisin amical qu'il débarque à Bruxelles pour la promotion de l'exposition que lui consacre la galerie Nardone.
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"Grâce à ce livre, quiconque n'a jamais rêvé de vivre à New York peut s'imaginer ce que cela a été pour moi." C'est en ces termes que CharlElie Couture (Nancy, 1956) résume New York Memories, ouvrage récemment paru aux éditions du Cherche Midi. Le pitch? Une évocation de cette "ville des extrêmes" à travers 40 chroniques douces-amères. L'homme sait de quoi il parle, lui qui est parti y vivre en 2004 et n'a rendu les clés de son appartement que tout récemment. Aujourd'hui installé à Paris, c'est donc en voisin amical qu'il débarque à Bruxelles pour la promotion de l'exposition que lui consacre la galerie Nardone. CharlElie semble savourer son retour dans la vieille Europe. Affable et fringant, il évolue comme un poisson dans l'eau parmi ses oeuvres, donnant du tu et du toi à tout un chacun. L'apparence du chanteur-compositeur n'a pas beaucoup changé: bonnet sombre déroulé au-dessus des oreilles, sempiternelles lunettes noires, pantalon tacheté comme une toile de Pollock et grosse veste en mouton retourné. Fait notable, sa mythique barbiche s'est désépaissie. À la façon d'une élision pileuse, c'est désormais une virgule blanche qu'il a accrochée au menton. En guise de préambule à la découverte de la quinzaine de peintures et dessins exhibés aux cimaises du lieu, Couture revient sur... quinze années écoulées au coeur de Big Apple. Pas de doute, quelque chose a changé entre le moment où il est parti, initialement pour quelques mois, et celui où il a décidé de tourner la page. "Au départ, mon ambition était d'apprendre à me connaître en me plaçant sur un terrain neutre. En France, j'étais avant tout un chanteur. Cette étiquette me collait à la peau", explique-t-il. Pour un talent qui revendique depuis le début de sa carrière un projet "multiste" -comprendre une approche artistique au sein de laquelle les différentes disciplines (musique, arts plastiques et littérature... pour le dire vite) se nourrissent les unes des autres-, on comprend le besoin de s'échapper du réductionnisme hexagonal. Toujours est-il que ce rêve de page blanche, de nouveau départ que fait miroiter une Amérique de mythologie s'est émoussé au fil du temps. Et pas seulement parce que "les États-Unis sont explosés comme une mosaïque" et que Trump "rend une assiette cassée" à Joe Biden. Le désenchantement est plus profond. Entre les lignes, on devine que le Franco-Américain avait en tête le New York poétique et arty des années 70, celui du Lower East Side, époque bénie durant laquelle la créativité seule permettait aux artistes de percer. "Aujourd'hui, le système a changé, raconte l'intéressé. Il faut être connu pour pouvoir exposer. L'art est devenu une industrie extrêmement âpre à New York. On doit se présenter comme l'entrepreneur de soi-même. Quand on a la chance de réussir, c'est surtout une série d'intermédiaires que l'on fait vivre. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai ouvert ma propre galerie, ce qui m'a ouvert les yeux sur la réalité du marché." Faut-il imaginer pour autant CharlElie Couture amer? Nullement. "Je ne regrette rien, cette aventure m'a permis de trouver beaucoup de réponses à des questions que je me posais sur le sexe, la religion, l'art et aussi sur l'argent. À New York, la situation est vertigineuse. Le fossé s'est creusé comme jamais entre les 0,5% de riches qui possèdent plus que les 99,5% restants. Ce modèle est effrayant, il laisse sur le carreau des millions de citoyens qui n'ont pas les finances ou les relations pour réussir." Ce qui frappe lorsque l'on découvre le travail de CharlElie Couture tel que l'a sélectionné Antonio Nardone, c'est sa diversité. Le "multisme" revendiqué opère également à l'intérieur du volet plastique de son travail. Plusieurs axes traversent les oeuvres exposées. Graphique, le plus évident d'entre eux - Jazz Lines (2011), Double Pers Park Ave (2012)...- fait son miel de la signalétique omniprésente dans la ville dont l'artiste a exploité le vertige qu'elle engendre pour le regardeur. Notoires sont également ces compositions - Canie Park (2018), Waiting for Her (2018) ou Looks Like B... (2018)- qui font place à des personnages dont ne subsistent que les contours. "J'ai fait toute une série de tableaux dans laquelle je confronte la réalité et l'aura du réel. Ça parle du masque. Il y a ce que l'on est pour l'extérieur et ce que l'on est pour soi. Il y a aussi l'idée de l'influence du contexte, en l'occurrence la ville, sur nous. Cet environnement qui nous forge", détaille Couture. Cette veine graphique fait également place à des objets, souvent des rebuts, vieux gant (Street Pers Big Red Glove (2013) ou canette écrasée (Street Pers Bud Can 2013), que Couture intègre au sein même de la toile. Il n'est pas interdit d'y suspecter l'apport des Nouveaux réalistes, Arman ou Martial Raysse, eux-mêmes gagnés par un goût de la "poésie objective" hérité en droite ligne de Dada et Marcel Duchamp. Autant de courants assumés par l'artiste, qui n'a jamais caché avoir eu une révélation esthétique en découvrant vers l'âge de douze ans une exposition de peintres dadaïstes en compagnie de son père dans sa ville natale. Il y a aussi cette série d'oeuvres à mi-chemin entre le figuratif et l'abstrait. Celles-ci sont ponctuées de taches, de collages d'éléments tiers et autres drippings à comprendre à la façon d'une partition accompagnant l'image centrale. Soit des peintures sur papier comme In the Wind (2010), Smiley (2010) ou, de manière plus emblématique encore, Astro (2011), Dark Cloud (2011) et Elements (2011). Avec Online (2014) et Only & Taxi (2011), Couture s'amuse à gommer les repères. Qu'est-ce qui relève de la peinture? Qu'est-ce qui relève de la photographie? Seul un regard aiguisé décèle les frontières entre les disciplines. Ce goût de l'exploration formelle, ce défenseur d'un "art total" l'explique par un principe d'"assolement triennal" emprunté à l'agriculture. "Il s'agit de stimuler à tour de rôle les différentes parties de mon cerveau", analyse le frère de Tom Novembre. Y a-t-il un fil rouge pour relier cette pratique explosée? Couture n'hésite pas une seconde: "Le dénominateur, c'est mon approche "urban poetic rock", à savoir un style résolument centré sur la ville, qui est pour moi le paroxysme de l'humanité, doublé d'une interprétation intuitive, la poésie, qui, comme dans le rock, est chez moi amplifiée pour passer de l'intime à l'universel."