The Civil Wars - Barton Hollow

19/03/12 à 15:25 - Mise à jour à 15:25

COUNTRY | Plébiscité aux Etats-Unis, ce superbe premier album d'un duo inconnu à nos oreilles raconte que la country music raconte trop bien les histoires.

The Civil Wars - Barton Hollow

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The Civil Wars, Barton Hollow **** , distribué par Sony Music.

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Combien de disques géniaux faudra-t-il encore avant que le public européen, en particulier francophone, cesse de considérer la country music comme un truc de péquenots à éperons et de filles en culottes de cheval broutant des chansons yodelantes à la gloire de Ronald Reagan? Parce que, de Warren Zevon à Lucinda Williams, de Justin Townes Earle à Emmylou Harris, au moins deux générations complètes d'artistes talentueux ont déjà anéanti ces pesants clichés de musique crottée-conservatrice. Issu du "nouveau Nashville" et d'une scène baptisée alternative country à défaut de mieux, The Civil Wars magnifie un genre qui s'imprègne autant de mélancolie folk que de spasmes bluesy. Cet americana soigné tient d'abord à la complicité vocale entre les deux auteurs-compositeurs, Joy Williams et John Paul White. Elle a 29 ans, lui plus, et ils se sont rencontrés dans La Mecque supposée du style, Nashville, en 2008: la grâce fragile de la première porte une vibration presque enfantine que le second vient doubler dans des tonalités plus mâles. C'est vieux comme le bourbon mais cette dextérité chantée signe une forme de funambulisme qu'on n'entend pas beaucoup en-dehors de l'Amérique du Nord. Une fraternité harmonique qui resserre les liens entre interprètes et s'exprime sur des musiques essentiellement acoustiques et, cela va sans dire, naturellement spleen. D'une façon presque subliminale, elles respirent aussi le rock: on le sent avant d'apprendre que John Paul, ado, se faisait de gros plans AC/DC, a contrario de sa future partenaire, nourrie aux ch£urs de gospel blanc.

1 + 1 = 3

Quand ils se sont rencontrés, lors d'un workshop rassemblant au hasard des duos d'écriture, le Saint-Esprit du jour a éclairé deux carrières qui, en solo, s'empêtraient nettement dans les bretelles sans fin du business. Quatre ans plus tard, ce ne sont pas seulement les mélodies qui touchent dès la première écoute -superbes To Whom It May Concern, Poison & Wine- mais aussi la façon qu'ont les textes de célébrer, notamment, des jeunesses casse-gueule. Celle de John en particulier, grandissant à la frontière du Tennessee et de l'Alabama, faisant ses conneries d'ado dans le bled Barton Hollow qui donne son nom au disque. L'inspiration s'extirpe de toute manière de la cave roots, passe par un bar actuel de Chicago ( The Violet Hour) et se déplace vers le graffiteur-star Bansky ( Girl With the Red Balloon): il y est question du sens d'un dessin particulier de l'artiste anglais et, une nouvelle fois, de l'équilibre du mercure quotidien. Adele, fille fortiche en mélodies, ne s'y est pas trompée -louangeant The Civil Wars et les emmenant en tournée-, convaincue que ce duo sans frime produit un truc intégralement salvateur. Indice complémentaire: ce qu'ils font du classique hypertrophié Billie Jean, avec deux voix et une guitare, est juste bluffant.

PHILIPPE CORNET

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