Photo: quand la Chine s'éveille...

11/05/16 à 14:31 - Mise à jour à 14:52

Source: Focus Vif

Aux Sony World Photography Awards londoniens, parmi les multiples regards sur le monde, celui du Pékinois RongRong et de sa Japonaise Inri installe une vision originale de l'Empire du Milieu. Honorée d'une outstanding contribution.

A la conférence de presse des Sony Awards, une interprète traduit en anglais les réponses chinoises de RongRong et d'Inri. Elles n'ont pas grand-chose des sensations mystérieuses de leurs images, explicitées plus loin dans ce papier. Voilà sans doute la raison de l'existence de la photographie: interagir avec le monde hors de la parole et du verbe. Les SWPA 2016 trient l'avalanche de 230103 images reçues de 186 pays, destinées aux trois compétitions: Professional, Open et Youth.Une charge forcément guidée par les séismes de l'actu, dont la crise majeure des réfugiés. Celle-ci est aussi vieille que l'humanité, mais les derniers mois en ont accéléré la gravité visible. Dans l'expo Sony tenue à la Somerset House jusqu'au 8 mai seulement (1), il y a donc cette série d'Angelos Tzortzinis qui s'arrête sur le désarroi des exilés lors de leur arrivée sur les îles grecques. Les instantanés de corps épuisés rappellent la souffrance, même si celle-ci a été vue et revue jusqu'au dégoût utile. L'autre moment fort, d'une réalité moins médiatisée, est l'oeuvre du photographe iranien Asghar Khamseh, sur les femmes victimes de jets d'acide. Si la douleur n'est pas forcément une matière visible, là elle l'est. Pleinement et horriblement, jusqu'à faire passer la demi-douzaine de victimes gravement mutilées pour des créatures prisonnières à jamais de leur infirmité gore. Khamseh a enlevé l'Iris d'or, sorte de Palmedes Sony, et cela constitue un signe important, presque politique. Le choc se mesure aussi, on le sait, par la distance entretenue envers la normalité. On quitte la représentation physique frontale des dysfonctionnements apparents pour un terrain d'autant plus pernicieux qu'il est anonyme: l'Allemande Sandra Hoyn saisit la vie de Dirk (nom d'emprunt, son visage n'apparaît pas) qui, depuis quatre ans et une rupture sentimentale, partage sa vie avec une poupée de silicone de taille humaine. Il lui parle, "lit son âme"et entreprend d'autres choses qu'on préfère ne pas savoir. Comme exacerbation de l'absurde et de la solitude, difficile de penser à pire.
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