Magritte du cinéma: Un monde et Une vie démente grands gagnants, une unanimité qui pose question
Un monde de Laura Wandel et Une vie démente d’Ann Sirot et Raphaël Balboni, deux premiers longs métrages, ont remporté 7 prix chacun lors des 11e Magritte du Cinéma.
Ce samedi, les Magritte du Cinéma, onzièmes du nom, se donnaient pour mission de se réinventer après deux ans d’absence forcée, Covid oblige. Alors côté ambitions, clairement, l’Académie Delvaux a tapé large, avec notamment cinq maîtres et maîtresses de cérémonie, une troupe de drag queens pour distribuer les prix, une invitation à Jane Birkin pour remettre un Magritte d’honneur à titre posthume à Marion Hänsel, ou encore la mise en scène confiée à Nathalie Uffner, directrice du Théâtre de la Toison d’Or, épaulée par Sébastien Ministru et Myriam Leroy. Sur papier, il y avait de quoi assister à une soirée « originale, drôle et truffée de surprises ». Mais dans la pratique, sans entrer dans les détails, on a souvent eu l’impression de voir la crêpe retomber à côté de la poêle. Mention tout de même à Dena et Inno JP qui ont tiré leur épingle du jeu.
Soit. La grande fête du cinéma belge francophone a mis la diversité à l’honneur, et cela mérite d’être salué. Mais c’est surtout dans les prix remis qu’on aurait aimé voir un peu plus de diversité. Au palmarès donc, deux grands vainqueurs qui se partagent la quasi-totalité des prix, 7 chacun sur un total de 22: Un monde, de Laura Wandel, et Une vie démente, d’Ann Sirot et Raphaël Balboni. Deux premiers films dont le premier, un drame sans concession sur le harcèlement scolaire, mérite amplement chacun des prix reçus, dont ceux des meilleurs espoirs féminin et masculin pour ses deux jeunes acteurs, Maya Vanderbeque et Günter Duret.
Le triomphe du second, qu’on voyait plutôt se contenter des prix techniques (le travail sublime et atypique sur les décors et les costumes doit être salué), pose par contre question. À sa sortie, on en parlait d’ailleurs comme d’un film qui « cause beaucoup pour ne pas dire grand-chose et finit par tourner quand même méchamment en rond« : loin, dans notre chef, de mériter le titre de Meilleur film.
Ce qu’on regrette surtout, c’est que ce palmarès très duel aura éclipsé bon nombre de films marquants pourtant nommés: le bouleversant Les Intranquilles, de Joachim Lafosse; l’ovni Fils de plouc de Lenny et Harpo Guit, qui évoluait peut-être trop loin de standards de l’Académie mais qui faisait bien partie de nos films préférés de l’année; le saisissant Filles de joie de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich; ou encore le conte cruel de la jeunesse Adoration de Fabrice Du Welz. « C’est étonnant cette situation où ce sont finalement les premiers films qui se retrouvent à être le plus récompensés« , réagissait Ann Sirot à l’issue de la cérémonie, au micro de l’agence Belga. « C’est important d’être mis en avant par ses confrères, par les gens qui comme nous travaillent à faire exister des films« , poursuivait-elle. N’aurait-il pas fallu, dans ce cas-là, élargir un peu plus le spectre?
MEILLEUR FILM
Une vie démente d’Ann Sirot et Raphaël Balboni, produit par Julie Esparbes (Hélicotronc)
MEILLEUR PREMIER FILM
Un monde de Laura Wandel, produit par Stéphane Lhoest pour (Dragons Films)
MAGRITTE DE LA MEILLEURE RÉALISATION
Laura Wandel pour Un monde
MEILLEUR FILM FLAMAND
La Civil de Teodora Ana Mihai, produit par Hans Everaert (Menuetto) et coproduit par Delphine Tomson, Jean-Pierre et Luc Dardenne (Les Films du fleuve)
MEILLEUR FILM ÉTRANGER EN COPRODUCTION
Titane de Julia Ducournau produit par Jean-Yves Roubin et Cassandre Warnauts pour (Frakas Productions)
MEILLEUR SCÉNARIO ORIGINAL OU ADAPTATION
Ann Sirot et Raphaël Balboni pour Une vie démente
MEILLEURE ACTRICE
Jo Deseure pour Une vie démente
MEILLEUR ACTEUR
Jean Le Peltier pour Une vie démente
MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE
Laura Verlinden pour Un monde
MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE
Gilles Remiche pour Une vie démente
MEILLEUR ESPOIR FÉMININ
Maya Vanderbeque pour Un monde
MEILLEUR ESPOIR MASCULIN
Günter Duret pour Un monde
MEILLEURE IMAGE
Ruben Impens pour Titane
MEILLEUR SON
Mathieu Cox, Corinne Dubien, Thomas Grimm-Landsberg, David Vranken pour Un monde
MEILLEURS DÉCORS
Lisa Etienne pour Une vie démente
MEILLEURS COSTUMES
Frédérick Denis pour Une vie démente
MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE
Vincent Cahay pour Adoration
MEILLEUR MONTAGE
Nicolas Rumpl pour Un monde
MEILLEUR COURT MÉTRAGE DE FICTION
Sprötch de Xavier Seron, produit par Guillaume Kerbusch et Laura Petrone (Angie Productions) et Julie Esparbes (Hélicotronc)
MEILLEUR COURT MÉTRAGE D’ANIMATION
On est pas près d’être des super héros de Lia Bertels, produit par Thierry Zamparutti (Ambiances asbl)
MEILLEUR COURT MÉTRAGE DOCUMENTAIRE
Mother’s d’Hippolyte Leibovici, produit par Laurent Gross (INSAS)
MEILLEUR DOCUMENTAIRE
Petit Samedi de Paloma Sermon-Daï, produit par Sébastien Andres et Alice Lemaire (Michigan Films)
MAGRITTE D’HONNEUR
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