Il y a cinq ans, dans Grave, Julia Ducournau confrontait la jeune héroïne cannibale du film à sa propre monstruosité afin que le spectateur cherche à la comprendre plutôt qu'à la rejeter. Le principe présidant à Titane aujourd'hui est peu ou prou le même. À cette différence près que la réalisatrice française noyaute cette fois son intrigue autour d'une protagoniste marquée à l'enfance par un accident violent qui se soldera par une plaque en titane, métal hautement résistant donnant des alliages durs, vissée à son crâne. Une vingtaine d'années plus tard, Alexia (Agathe Rousselle) se produit comme danseuse dans des salons de l'auto clinquants suint...

Il y a cinq ans, dans Grave, Julia Ducournau confrontait la jeune héroïne cannibale du film à sa propre monstruosité afin que le spectateur cherche à la comprendre plutôt qu'à la rejeter. Le principe présidant à Titane aujourd'hui est peu ou prou le même. À cette différence près que la réalisatrice française noyaute cette fois son intrigue autour d'une protagoniste marquée à l'enfance par un accident violent qui se soldera par une plaque en titane, métal hautement résistant donnant des alliages durs, vissée à son crâne. Une vingtaine d'années plus tard, Alexia (Agathe Rousselle) se produit comme danseuse dans des salons de l'auto clinquants suintant la vieille testostérone et raffole des gros engins qui en ont sous le capot. La jeune femme, qui a d'évidence des comptes à solder avec son paternel, tue aussi à l'envi, disposition peu répressible qui l'amène en cavale alors que son ventre grossit à la manière d'un bidon d'huile. Une séance de remodelage facial automutilateur plus tard, et elle se fait passer pour le fils disparu d'un pompier taré adepte de la gonflette (Vincent Lindon). C'est la naissance d'un amour supposément inconditionnel où chacun va être amené à accepter l'autre tel qu'il est vraiment... Amusant deux minutes, le film, poussif chapelet de séquences peu connectées entre elles mettant en scène des personnages-symboles paradoxalement privés de chair et d'os, s'enlise rapidement dans ses motifs boursouflés et ses situations sursignifiantes. Ne s'embarrassant d'aucune forme de psychologie, Julia Ducournau rate maladroitement, en la soulignant à tout-va, la mise en forme du véritable enjeu du film: la réappropriation par le personnage incarné par Agathe Rousselle de son corps et de son désir. Titane, c'est un peu le female gaze pour les nuls, en somme, dont Ducournau fait grossièrement étalage sans jamais se préoccuper d'avoir autre chose à dire ou surtout à montrer. Étonnamment peu inspirée, la cinéaste donne dans une esbroufe scrupuleusement chorégraphiée dont les fantasmes chromés de tuning non-binaire ne produisent pas -jamais, en fait- l'étincelle désirée, l'électrochoc tant attendu, juste un petit bréviaire de sensations molles érigées sans talent ni discernement en flammèches de petits doigts d'honneur inoffensifs et faciles. Alors oui, on aurait adoré aimer le deuxième long métrage de Julia Ducournau, mais les indispensables questions genrées qui le sous-tendent (la féminité comme expérience hybride et mutante, le besoin d'un monde plus inclusif et plus fluide...) sont adressées avec la lourdeur d'un nanar de fond de catalogue de plateforme SVOD. La Palme d'or à Titane, c'est la défaite du cinéma au profit d'un petit scandale en mousse, la revanche ratée d'une tradition de genre qui méritait tellement mieux que cette progéniture faussement transgressive adepte de la citation creuse, mécanique mal huilée qui hoquète piteusement et tourne désespérément en rond. Pour l'audace, la vraie, on ira voir ailleurs -chez Kelly Reichardt et son sublime First Cow (lire la critique), par exemple, sorti le même jour dans les salles...