Critique musique : Roc Marciano & The Alchemist, une paire d’as

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© castro
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Album - The Elephant Man's Bones

Artiste - Roc Marciano & The Alchemist

Genre - Rap

Label - ALC

Entre le flow vicelard de l’un et les productions juteuses du second, la rencontre Roc Marciano et The Alchemist tient toutes ses promesses.

Ces derniers temps, le rap n’a pas hésité à remettre le nez dans ses fondamentaux. Par exemple en creusant à nouveau une certaine esthétique boom bap nineties et en redonnant de la valeur aux lyrics (là où la trap mâchouillait volontiers son flow). Mais aussi en relançant la figure emblématique du duo rappeur-producteur. On l’a vu par exemple avec Freddie Gibbs (et Madlib) ou Mach-Hommy (et DJ Muggs). Voici que déboule maintenant The Elephant Man’s Bones, signant l’association entre Roc Marciano et The Alchemist. Ce n’est pas la première fois que le rappeur de la côte Est et le producteur de la West Coast collaborent -il y a tout juste dix ans, The Alchemist était déjà crédité sur le fameux Reloaded de Marciano. Mais l’entente s’étend cette fois sur un album entier. Autant dire qu’elle s’apparente à une réunion au sommet.

Les deux sont en effet devenus des noms incontournables, légendes d’un certain rap indépendant US. Ancien protégé de DJ Muggs (Cypress Hill), The Alchemist s’est notamment fait la main avec les Dilated Peoples ou Mobb Deep. Ces dernières années, Daniel Alan Maman de son vrai nom (Beverly Hills, 1977) a multiplié les albums en “binôme”, avec des résultats souvent pétaradants –Haram, avec Armand Hammer, ou Alfredo avec Freddie Gibbs, nominé aux Grammy Awards. De son côté, Roc Marciano est devenu l’une des figures de proue du renouveau boom bap (à l’instar par exemple de l’écurie Griselda), s’inscrivant dans une certaine tradition rap new-yorkaise, tout en réussissant à la plonger dans une nappe de noirceur qui colle bien à l’époque.

© National

Partenariat renouvelé

Habitué à produire lui-même ses disques, Roc Marciano cède donc cette fois entièrement la main à The Alchemist. Avec ses humeurs ombrageuses et ses beats vicieux, The Elephant Man’s Bones correspond exactement à l’idée que l’on pouvait se faire de l’association: aussi décalée -comme le personnage de freak repris dans le titre-, que sombre -comme le film qu’en a tiré David Lynch.

La musique de Roc Marciano et The Alchemist dégage un charisme torve. Elle peut prendre la forme d’une virée nocturne jazzy, comme sur Quantum Leap; ou se passer quasiment de beat sur Déjà Vu, rappelant que les deux protagonistes ont largement contribué au style drumless (réduisant le beat et les percussions au mininum). Dans tous les cas, les associés réussissent à tirer leur partenariat vers le haut. Ici, le sample reste le carburant privilégié, comme par exemple sur le morceau-titre qui voit le flow monocorde de Marciano se promener sur une ligne de piano romantique et croiser une voix soul. Sur The Horns of Abraxas, un orgue funeste suffit à installer l’ambiance menaçante, avec son récit mafieux introduit par Ice-T, l’ancien; tandis que sur le grésillant Daddy Kane, c’est Action Bronson, habitué de la maison, qui vient mettre son grain de sel. À la fois lunaire et accroché au bitume, futuriste et ancré dans les fondamentaux, The Elephant Man’s Bones fait plus que remplir toutes ses promesses: il les dépasse.

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