Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

MORTELLE RANDONNEE – Les frères Coen transposent génialement le noirissime et formidable roman de Cormac McCarthy. No Country For Old Men est d’une sombre et captivante splendeur.

De Joel et Ethan Coen. Avec Tommy Lee Jones, Javier Bardem, Josh Brolin. Musique: Carter Burwell. 2 h 2 min.

Même en plein jour, c’est le noir qui domine. Une nuit morale permanente, tendue d’angoisse et secouée d’explosions brutales. Nous sommes bien dans l’univers sans pitié d’un auteur qui avait déjà intitulé son premier livre L’Obscurité du dehors… Avec No Country For Old Men (1), Cormac McCarthy a signé un joyau de roman noir que les frères Coen se sont fait un plaisir d’adapter ( voir également notre interview en page 14). Rarement transposition cinématographique aura été réussie avec autant de fidélité, tout en s’inscrivant parfaitement dans une démarche cinématographique forte et cohérente.

Comme une bonne partie des meilleurs films américains récents, le thriller fulgurant des Coen louche vers les années 1970, époque où se déroule son action. Un chasseur nommé Llewelyn Moss (Josh Brolin) y découvre le théâtre d’un massacre épouvantable, fruit d’un probable règlement de comptes entre trafiquants de drogue. Le sang n’est pas encore sec, une des victimes respire encore, mais c’est l’odeur de l’argent qui vient aux narines de Moss, qui va découvrir au milieu des morts une fortune abandonnée. Une somme impressionnante, qui pourrait lui permettre de changer de vie. Bientôt, notre homme se retrouvera plus riche de deux millions de dollars. Mais sur ses traces seront lancés une bande de malfrats, et surtout un tueur psychopathe (Javier Bardem) qui le poursuivra inexorablement jusqu’au bout de la souffrance…

UN WESTERN DéCALé ET NOIR

Ajoutez au récit un shérif nostalgique mais déterminé, incarné à merveille par le charismatique Tommy Lee Jones, et vous prendrez la piste d’un western décalé, nourri par le film « noir » et une vision apocalyptique d’un monde devenu fou d’argent et de violence. Un monde que les anciennes générations ne peuvent ni ne veulent plus comprendre. Les années 1970 amènent immanquablement des échos de la guerre au Viêtnam, mais c’est vers nous que se tourne le regard désespérant de McCarthy, son amère lucidité, son horreur absolue qu’un humour crépusculaire rend presque supportable. Joel et Ethan Coen ont tout compris d’un livre qui rejoint en bonne partie leur univers. Les réalisateurs de Fargo, Miller’s Crossing, Blood Simple et Barton Fink, mettent en scène le périple halluciné de Llewelyn Moss avec une précision chirurgicale, un sens aigu du suspense et une violence retenue qui éclate sporadiquement avec une intensité stupéfiante. Poursuivant un Josh Brolin parfait en quidam soudain plongé dans la plus terrifiante des mésaventures, l’inattendu Javier Bardem campe de très impressionnante façon l’abominable Chigurh, dont la menace prendra des dimensions quasi fantastiques. L’ensemble ayant tout pour devenir, comme l’est déjà le livre, un classique instantané.

(1) Paru en traduction française sous le titre Non, ce pays n’est pas pour le vieil hommeaux Editions de l’Olivier.www.nocountryforoldmen.com

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