Philippe Elhem
Philippe Elhem Journaliste jazz

Miles and The Lost Quintet – Monstre mythique de la discographie de Miles Davis, le Lost Quintet du trompettiste a heureusement laissé quelques traces sur le Net. Et sur un disque édité par Jazz Door.

Jazz Door1201 (Codaex)

Entre la fin de l’enregistrement de In A Silent Way, le 20 février 1969, et la prestation, le 7 mars 1970, du groupe au Fillmore East dont témoigne le double album Live At The Fillmore East: It’s About That Time sorti en 2001 (augmenté du percussionniste Airto Moreira), Miles Davis écuma les festivals de jazz et de rock, l’Amérique et l’Europe, à la tête d’un quintet formé du saxophoniste (ténor et soprano) Wayne Shorter, du pianiste électrique (Fender Rhodes) Chick Corea, du bassiste électrique et acoustique Dave Holland et du batteur et futur compagnon de route de Keith Jarrett, Jack DeJohnette. Aucun de ces musiciens n’est, à l’époque, un nouveau venu dans la nébuleuse Miles. Tous participeront aux sessions d’août et de novembre 69 (sauf Shorter pour cette dernière) ainsi qu’à l’ultime séance de janvier 70 qui donneront naissance à Bitches Brew. Pourtant, même si elle succède directement au célèbre quintet du Miles Davis de la seconde moitié des sixties (formé de Shorter, Ron Carter, Herbie Hancock, Tony Williams), responsable de chef-d’oeuvres acoustique tels que Esp, Miles Smiles, Sorcerer ou Nefertiti, jamais la petite formation n’enregistrera le moindre titre en studio ou ne sortira de disque le temps de sa courte existence – ce qui lui vaudra d’être connu, dans la saga davisienne, sous le nom de The Lost Quintet.

The Lost Quintet et Internet

S’il fallut attendre le 21e siècle pour que soit publié le premier album du groupe, des fichiers musicaux et autres Trees permettent de découvrir – sur le Net et dès les années 90 – le mythique quintet à travers les concerts de la double tournée entreprise par Miles et ses musiciens au printemps et en été, puis à l’automne 69. Ces concerts les mèneront de Rochester à Juan-les-pins en passant par New York, Rome ou Londres, et, ensuite, de Paris à Rotterdam avec des étapes à Copenhague et Stockholm. Ces fichiers reprennent le plus souvent des radiodiffusions d’excellente qualité, à la musique éblouissante. Ils révèlent de surcroît le stupéfiant mélange intergénérationnel auquel se livre un groupe qui n’hésite pas à puiser son inspiration musicale aussi bien dans le répertoire du quintet qui l’a précédé ( Footprints, Riot, Agitation, Sanctuary), dans des classiques plus anciens ( So What, Milestones), des morceaux encore inédits de Bitches Brew ( Miles Run the Voodoo Down, Spanish Key) ou les standards d’une autre époque ( Round’ Midnight, I Fall in Love to Easily). Toutes choses dont témoigne le disque du label Jazz Door qui, même s’il n’a pas été enregistré à Paris comme il le prétend (discrètement) et s’affuble de titres imaginaires ( Gemini, Double Image?), se révèle incontournable puisqu’il est le seul, ou presque, de son espèce et que la musique qu’il propose reste, 30 ans plus tard, tout bonnement fascinante.

Philippe Elhem

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