Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Jeunet en délicatesse – Jean-Pierre Jeunet déçoit cruellement avec une suite de saynètes parfois mémorables mais dont l’ensemble échoue à faire un bon film. Amélie Poulain semble déjà loin…

De Jean-Pierre Jeunet. Avec Dany Boon, André Dussollier, Nicolas Marié. 1 h 44. Sortie: 28/10.

ertes, il n’a pas perdu son talent d’imagier, cet art qu’il a de croquer un personnage en un rien de temps et d’accrocher une situation aux cintres d’un imaginaire nourri de cinoche et de bédé. Certes, il conserve cet esprit ludique et gentiment frondeur, ce regard complice et plus qu’un peu nostalgique de rêveur amusé par son rêve. Mais la magie formelle de Jean-Pierre Jeunet, sa poétique burlesque et tendre, prennent subitement un sacré coup de vieux à la vision de son nouveau film, Micmacs à tire-larigot.

Le héros s’appelle Bazil, clin d’£il manifeste à l’un des films préférés de Jeunet, le Brazil de Terry Gilliam. Notre homme n’a pas vraiment de chance avec les armes, puisqu’il commence par perdre son père artificier tué par l’explosion d’une mine en plein désert nord-africain, avant de prendre lui-même dans la tête une balle perdue à la suite de circonstances peu ordinaires. Le projectile ne pouvant être extrait de son cerveau, Bazil risque la mort à tout moment, et c’est un sursitaire que recueille à même la rue – où il s’est retrouvé sdf – une joyeuse bande de marginaux qui va devenir sa famille d’adoption. C’est avec leur aide inventive qu’il va entreprendre de défier les deux fabricants d’armes responsables de ses malheurs. Deux marchands de canons concurrents pour le pire, et dont Bazil et sa clique vont perturber le sommeil coupable…

Ce mortel ennui

Dany Boon emmène sa sympathique bouille de ch’ti dans l’univers baroque de Jeunet. Manque de chance pour lui, ce n’est pas le cinéaste vigoureux et inspiré du Fabuleux destin d’Amélie Poulain ni de l’également remarquable Un long dimanche de fiançailles qui le dirige ici, mais un artiste mal pris entre une ambition formelle intacte et un sujet d’une singulière étroitesse. Comme l’avait montré, à l’époque du tandem avec Marc Caro, le passage du génial Delicatessen au très creux La Cité des enfants perdus, le risque est toujours grand de voir la machinerie formelle tourner à vide lorsque se fait sentir le manque de récit. Micmacs à tire-larigot brille par certaines séquences hilarantes et/ou superbement mises en images, mais souffre d’une structure bancale, et habille de vaine pyrotechnie une cruelle absence de propos. Certes, la guerre c’est très mal, et l’industrie de l’armement craint un max. Certes il y a de la solidarité chez les démunis, et de la haine feutrée chez les riches. La belle affaire que de nous ressasser ces clichés, même incarnés par des seconds rôles goûteux! Jeunet ne nous dit pas grand-chose, et le formule sans une bonne partie de cette grâce qui habitait ses films précédents. Surtout, il ennuie, et ennuyer, dans le cinéma de divertissement, est un péché capital.

En quittant le décevant spectacle de Micmacs à tire-larigot, on est un peu triste pour Jeunet, qui a besoin d’un succès. Et on en vient à se demander si le cinéaste français n’aurait pas intérêt à retâter d’une commande, par exemple à Hollywood où son remarquable travail sur Alien: Resurrection n’a pas été oublié. Là, au moins, il aurait une histoire à raconter…

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Louis Danvers

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