Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

22.45 LA DEUX

DRAME DE STEPHAN CARPIAUX. AVEC DÉBORAH FRANçOIS, FRÉDÉRIC PIERROT, ARTHUR JUGNOT. 2006.

C’est l’histoire d’Alex, une jeune fille de 16 ans, qui vit avec un père prostré depuis la mort de sa femme et mère de l’adolescente. Cette dernière devant assumer bien plus de responsabilités que normalement à son âge. Comment Alex va faire bouger les choses, et s’ouvrir elle-même à des sentiments nouveaux, le beau et premier film du jeune réalisateur belge Stephan Carpiaux le raconte avec une sobre émotion. Dans le rôle principal, Déborah François montre qu’elle est bel et bien l’une des plus prometteuses actrices de sa génération. Remarquée par les Dardenne dans L’Enfant, pleinement révélée par La Tourneuse de pages de Denis Dercourt, et aujourd’hui dans les salles avec My Queen Karo de Dorothée van den Berghe, la comédienne belge éblouit dans un personnage pourtant très délicat à interpréter. D’Alex, « protectrice de son propre père », l’actrice admire « la force, et la générosité jusque dans les erreurs qu’elle multiplie dans la certitude qu’elle remplit une mission, pour ne pas devoir affronter la réalité. »

« JE PRÉFèRE LES REMORDS AUX REGRETS »

Le mélange subtil de force (affirmée) et de fragilité (masquée) qui caractérise le personnage des Fourmis rouges, Déborah François le réussit avec autant de présence naturelle que de justesse d’expression. Toute jeune encore, l’actrice sait faire les bons choix. Elle y met de l’intuition, mais cherche aussi à les étayer de vraies raisons, de motifs concrets. « Je préfère les remords aux regrets, donc je réfléchis beaucoup avant et je fuis la répétition, je ne veux pas faire quelque chose que j’ai déjà fait, car je me mets de suite à la place de la personne qui va me voir… et s’ennuyer », nous déclarait-elle à la sortie du film de Stephan Carpiaux. À 20 ans, et malgré les louanges qui lui étaient déjà faites de partout, Déborah François ne se considérait pas encore comme une actrice à part entière, et nous confiait: « J’ai trop d’admiration pour le travail des autres que pour me dire que moi-même je fais partie de ça. Je n’ose pas encore me dire actrice car quand je vois par exemple Charlotte Gainsbourg à l’écran, ou Charlotte Rampling, je suis tellement impressionnée par leur capacité à tout faire, à n’avoir peur de rien, que je ne me sens pas le droit de me comparer à elles. » À la voir rayonner dans le personnage d’Alex, on a envie de l’inviter à moins de modestie. Actrice, elle l’est assurément!

Louis Danvers

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