Production Netflix (et ne bénéficiant pas, à ce titre, de sortie en salles jusqu'à plus ample informé), The Ballad of Buster Scruggs voit les frères Coen renouer avec le western, un genre leur ayant réussi de No Country for Old Men à True Grit, leur remake du classique de Henry Hathaway. L'approche est cette fois différente, puisque le film se compose de six épisodes revisitant, distance ironique à l'appui, le mythe de la Frontière et la légende de l'Ouest en une succession de sketches globalement réjouissants même si d'inégale facture -jusqu'à...

Production Netflix (et ne bénéficiant pas, à ce titre, de sortie en salles jusqu'à plus ample informé), The Ballad of Buster Scruggs voit les frères Coen renouer avec le western, un genre leur ayant réussi de No Country for Old Men à True Grit, leur remake du classique de Henry Hathaway. L'approche est cette fois différente, puisque le film se compose de six épisodes revisitant, distance ironique à l'appui, le mythe de la Frontière et la légende de l'Ouest en une succession de sketches globalement réjouissants même si d'inégale facture -jusqu'à sembler un brin paresseux pour certains. L'affaire est pourtant on ne peut mieux engagée: donnant son titre à cette compilation, le premier chapitre en est aussi le plus abouti. Soit l'histoire de Buster Scruggs, "le rossignol de San Saba" (Tim Blake Nelson, déjà de O Brother, Where Are Thou?, proprement impayable), cow-boy chantant dans la lignée d'un Gene Autry doublé d'un as de la gâchette prompt à troquer la guitare pour le six-coups, disposition indispensable dans un Ouest sans foi ni loi, mais pas nécessairement suffisante... Near Algodones, le second épisode est du même tonneau drôle et grinçant, qui voit un braqueur de banque (James Franco) se heurter à une résistance inattendue, prélude à des mésaventures taillées dans le bois dont l'on fait les potences. Soit du Coen pur jus, carburant sans modération à l'humour noir... Conséquence, peut-être, d'un format hybride? La suite, si elle joue à plein de la mythologie et des archétypes westerniens, peine à maintenir ce cap de haut vol. Retraçant la geste d'un prospecteur opiniâtre (Tom Waits) gagnant un vallon immaculé en quête d'un gisement définitif, filon qu'il n'est toutefois pas le seul à convoiter, All Gold Canyon serait tout au plus anecdotique s'il n'était porté par cet élan farcesque qui animait en son temps un O Brother -auquel The Ballad of Buster Scruggs fait souvent penser. Quant à The Gal Who Got Rattled, comptine suivant, autre figure imposée, la piste d'une caravane en route pour l'Oregon sous la menace des Indiens, elle vaut surtout par son humour aussi absurde que cruel, ce qui n'est certes pas négligeable. Soit une anthologie du folklore du Far West que les cinéastes embrassent le regard en coin et l'ironie féroce en bandoulière, leur sens de la mise en scène toujours affûté, mais l'inspiration parfois en veilleuse. Ainsi du dispensable Meal Ticket, récit tout de noirceur gravitant autour d'un artiste ambulant (Liam Neeson) et de son "attraction", et surtout de Mortal Remains, l'épisode final, trajet en diligence dont le rythme décline jusqu'à se muer en laborieuse procession funèbre...