Si on était familier de son activité de critique de séries télé au magazine parisien Les Inrockuptibles, on connaissait moins sa casquette de documentariste. Avec Israël, terre de séries, le Français Olivier Joyard signe pourtant déjà son septième docu. Ce film lui a d'ailleurs été directement inspiré par son précédent, Binge Mania, consacré à la surabondance actuelle de créations télévisées. Joint au téléphone, il raconte: "Il y a sans doute désormais trop de séries, mais elles nous arrivent de partout. Et ça nous permet aussi de voir des choses qu'on ne voyait pas du tout avant. C'est cela même qu'incarnent les séries israéliennes aujourd'hui, cette ouverture au monde et la diversité de points de vue qui en découle. Il y a quinze-vingt ans, tout se passait aux États-Unis, avec l'essor du câble. Plus maintenant. Le bouillonnement est véritablement devenu international. Un pays aussi petit et agité qu'Israël en est la plus belle preuve."
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Si on était familier de son activité de critique de séries télé au magazine parisien Les Inrockuptibles, on connaissait moins sa casquette de documentariste. Avec Israël, terre de séries, le Français Olivier Joyard signe pourtant déjà son septième docu. Ce film lui a d'ailleurs été directement inspiré par son précédent, Binge Mania, consacré à la surabondance actuelle de créations télévisées. Joint au téléphone, il raconte: "Il y a sans doute désormais trop de séries, mais elles nous arrivent de partout. Et ça nous permet aussi de voir des choses qu'on ne voyait pas du tout avant. C'est cela même qu'incarnent les séries israéliennes aujourd'hui, cette ouverture au monde et la diversité de points de vue qui en découle. Il y a quinze-vingt ans, tout se passait aux États-Unis, avec l'essor du câble. Plus maintenant. Le bouillonnement est véritablement devenu international. Un pays aussi petit et agité qu'Israël en est la plus belle preuve." D'autant que les créations du cru s'exportent avec succès. Hatufim, BeTipul, On the Spectrum, Fauda et tout récemment encore Our Boys... Les exemples abondent. En Israël, une série sur quatre est vendue à l'étranger ou adaptée. "Sans Israël, pas de Homeland, pas de In Treatment, pas de Euphoria", rappelle le film d'Olivier Joyard. Pour comprendre les raisons de cette singulière vitalité, le journaliste a multiplié les rencontres et les visites de plateau sur place, en véritable immersion au coeur de la culture locale. "J'ai essayé avant tout de rendre compte de la diversité qui existe dans la création israélienne. Je pense que ce pays, profondément multiculturel, reste méconnu, en fait. C'est-à-dire qu'on parle d'Israël dans les médias tous les jours, mais il y a plein de choses qu'on ignore. La démarche documentaire consiste à chercher, à comprendre et à décrypter ce qui se passe réellement dans un pays. Par exemple, il faut savoir qu'il n'y avait pas de télévision en Israël avant la fin des années 60, et qu'il n'y avait pratiquement pas eu de séries avant le milieu des années 2000. Ce qui s'y passe aujourd'hui est le fait d'une forme de génération spontanée. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles les séries israéliennes sont aussi dynamiques et multiples. C'est-à-dire qu'il n'y a pas vraiment d'Histoire sur laquelle se reposer. Tout est à inventer." "Les créateurs israéliens écrivent souvent en se servant de leur souffrance ou même de leur culpabilité", estime l'un des intervenants du film. Dans un pays obsédé par l'actualité, les séries permettent de se détacher d'une certaine immédiateté, de prendre de la hauteur pour recréer du sens. Évitant l'écueil didactique en privilégiant une approche très organique de son sujet, Joyard souligne également dans son documentaire ce qu'il peut y avoir de cathartique, voire de thérapeutique, dans ce geste qui consiste à revenir par le biais de la fiction sur les blessures constitutives du pays, à en questionner parfois très frontalement les ambiguïtés éthiques ou morales. Il prolonge: "C'est vraiment l'idée que les séries sont à l'image du pays dont elles émanent. Dans le cas d'Israël, une société à fleur de peau accouche souvent de programmes aux enjeux forts et exacerbés. Je pense que quand on est un créateur de séries en Israël on a envie de mettre la caméra dans la plaie. Il y a quasiment une obligation morale de raconter quelque chose sur ce pays, sur sa complexité. Prenez la question, délicate, des frontières, par exemple. Elle peut recouvrir plein de choses dans la vie en Israël. Il ne s'agit pas juste d'une question géopolitique. Ça concerne également l'état psychique des personnes qui y habitent. D'où une tendance marquée à l'introspection dans ces créations télévisées. Il y a aussi cette idée très forte qui s'exprime à travers les séries en Israël aujourd'hui qu'il n'y a pas de tabous, qu'on peut raconter toutes les histoires. Une série israélienne ne sera jamais complètement unidimensionnelle." Ce bouillonnement créatif tous azimuts, certains intervenants n'hésitent pas à le faire remonter au profond désir d'exégèse sur lequel s'est construite la culture israélienne. D'autres se plaisent à souligner à quel point le manque de moyens peut libérer la créativité. "Quand on n'a pas d'argent, mieux vaut avoir des idées, renchérit Olivier Joyard. Il faut trouver des solutions en permanence. Et aller à l'essentiel. Être créateur de séries en Israël relève bien souvent du sacerdoce. Comme les conditions sont difficiles, qu'on ne gagne pas bien sa vie dans ce créneau, autant essayer d'aller au bout de ses envies. Il n'y a pas de logique d'industrie, à proprement parler. Faire des séries en Israël reste avant tout un moyen d'expression artistique."