WISDOM OF THE CROWD
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À la suite d'un drame personnel, le richissime Jeffrey Tanner, tycoon des réseaux sociaux, plaque tout et se lance dans la création d'une plateforme digitale, Sophe, permettant à tout citoyen de contribuer à l'élucidation d'enquêtes criminelles. À la fin du premier épisode, une question volontiers provocatrice: une bonne série télé peut-elle être ouvertement de droite et conservatrice? Délations, annihilation de toute vie privée, paranoïa élevée au rang de civisme, vendetta personnelle, anti-intellectualisme et culte de la disruption technolâtre sont au coeur de cette série policière "procédurale", apologie de l'entrepreneur tout puissant faisant ruisseler les bienfaits de son besoin de contrôle et de gloriole sur l'humanité. Et dire que des comptes Facebook sont fermées pour un bout de chair trop visible... Heureusement, les démêlés de l'acteur principal Jeremy Piven (Entourage) avec la justice pour des accusations de harcèlement sexuel ont mis un terme aux velléités de deuxième saison. N.B.Une merveille de comédie, un des sommets de Tati, un bonheur de film tout à la fois irrésistiblement drôle et un peu mélancolique, quand le trait satirique visant le monde moderne laisse percer le regret d'un autre monde qui meurt... Le grand Jacques y reprend son personnage fétiche de Monsieur Hulot. Lequel a un jeune neveu qui vit dans une villa futuriste bardée de gadgets aussi révolutionnaires que souvent inutiles. Hulot vit dans un Paris populaire et chaotique appelé à céder la place. C'est un rêveur, un peu bohème, qu'un beau-frère riche industriel, craignant son influence sur son fils, entreprend de neutraliser en lui proposant un emploi dans son usine... Gags visuels (et sonores!) inspirés, charme poétique et profonde humanité: du pur Tati qui fait du bien à l'âme, comme le faisait déjà 5 ans plus tôt Les Vacances de M. Hulot, cet autre chef-d'oeuvre. L.D.Durant tout l'été, France 3, en collaboration avec les régions, propose L'Heure D, cycle de 18 films et docus d'auteurs abordant des thématiques qui traversent et caractérisent la société contemporaine de manière collective et individuelle. Première réussite avec cette Ville-Monde humaniste et généreuse, portrait du lieu-dit de La Linière, à Grande-Synthe dans le Nord de la France. Damien Carême, le maire, y a autorisé, avec le soutien de Médecins sans Frontières et contre l'avis de l'État, l'ouverture de ce camp "humanitaire et provisoire" de 2 500 âmes. Très vite, la question de la pérennité de l'accueil et de la dignité s'est incarnée dans un projet architectural mené par Cyrille Hanappe, architecte spécialiste des "villes informelles", ses étudiants et les associations présentes sur le terrain: cette construction éphémère et précaire (des cabanes en bois de 7 m2) sera un nouveau quartier de la ville, devra s'inscrire dans un temps long et bénéficier d'une réflexion qui doit ouvrir le champ des possibles. Antarès Bassis suit avec un profond souci de l'humain les acteurs de cette expérience utopiste qui confronte le désir de changer le monde à l'urgence et au drame et montre ce que les femmes et les hommes, bénévoles, migrants, pouvoirs publics, ont de meilleur à offrir... et à voir réduit en cendres. N.B.Bricoleur, écrivaine, mentaliste, anthropologue... l'éventail des métiers venus porter leur lumière sur les enquêtes piétinantes de la police s'est déployé considérablement depuis l'origine des séries télés. Mais il a fallu du cran au créateur de Cameron Black (Deception en v.o.) pour sortir de son chapeau un magicien excentrique, mégalo et le lancer sur la piste des méchants. Sur le papier, le profil du Mentaliste version Majax (avec des références appuyées à Sherlock Holmes) a tout du boulet dans les pattes de n'importe quel policier qui se respecte. Pourtant les agents du FBI l'accueillent qui avec révérence polie, qui avec les yeux qui scintillent. Les enquêtes procédurières sont ici dynamitées par le flair explosif et abracadabrantesque de Cameron Black (le britannique et sémillant Jack Cuttmore-Scott), qui se dilue dans des épisodes aux rebondissements si fumeux qu'ils en deviennent presque drôles. Léger, frais, le résultat endort les neurones et fait passer l'après-midi aussi sûrement qu'un rosé en plein cagnard. N.B.Grosse moustache blanche, bonnet, peignoir et lunettes de soleil... L'excentrique Sandy Jacobs est artiste sonore et vit au milieu des pierres et des arbres. Un jour, alors qu'il prenait sa douche dehors, dans un baril comme à son habitude, Sandy a basculé et a dévalé toute la colline. "Il criait comme une petite vieille",sourit son pote et voisin Daniel Liebermann, 84 printemps, barbichette, chemise de bûcheron et casquette. Daniel est architecte. C'est lui qui a conçu leurs maisons en forme de parasol après un feu de forêt il y a vingt ans. Pour son premier film, Frederik Carbon suit l'amitié et les réflexions de ces deux anticonformistes en fin de vie. "La capacité à avoir des visions et des rêves est étouffée par les drogues, la télé, la vidéo, les GSM, toute l'énergie et le buzz électronique de ce monde, note Liebermann. Ça ne laisse plus de place à la paix intérieure, à la philosophie, à l'harmonie ou à l'art..." Méditons avec Sunnyside. J.B.Pour le photographe indien Raghu Rai, l'intensité et la puissance d'une image naissent dans le silence de l'observation. "Il faut avoir l'oeil froid et le coeur chaud" aimait d'ailleurs à lui dire Henri Cartier-Bresson, qui l'a adoubé et fait entrer à la prestigieuse agence Magnum. Entre intimité et hagiographie, sa fille Avani offre un regard saisissant sur ce photographe qui a été célébré notamment par son travail sur la tragédie de Bhopal, en 1984 (l'explosion d'une usine de pesticide qui entraina la mort de près de 25 000 victimes). Il a immortalisé l'ascension et la chute d'Indira Gandhi, la guerre au Bangladesh en 1971, le Dalaï Lama, l'Himalaya. En filigrane, c'est une Inde traversée d'antagonismes, de drames, une histoire de violences et de spiritualités qui se dessinent à l'écran. Ce portrait du maître qui ne se sépare jamais de son appareil photo franchit les frontières de l'intimité et dévoile le lien indéfectible qui unit un père et sa fille, secoué de conflits mais tenu par un sens mutuel de la responsabilité. Dommage que ces aspects un peu trop voyeurs et vains, au regard de la réalité -dure pour les plus faibles- capturée par l'oeil du photographe, viennent donner une note dérisoire à ce testament d'une grande délicatesse. N.B.