"Il devait être entre les 2 ou 3 heures du matin. Je regardais une chaîne qui passe des westerns. J'ai entendu du bruit. Par la fenêtre, j'ai vu un camion sur la route. Il n'arrêtait pas de zigzaguer. J'ai cru qu'il avait crevé. Le lendemain, je me lève. Il y avait des policiers partou...

"Il devait être entre les 2 ou 3 heures du matin. Je regardais une chaîne qui passe des westerns. J'ai entendu du bruit. Par la fenêtre, j'ai vu un camion sur la route. Il n'arrêtait pas de zigzaguer. J'ai cru qu'il avait crevé. Le lendemain, je me lève. Il y avait des policiers partout. Ils avaient trouvé le corps." Ce corps, c'est celui de James Byrd, un handicapé noir de 49 ans lynché par trois jeunes suprémacistes blancs le 7 juin 1998 à Jasper au Texas. Cette nuit-là, accroché à un camion, une lourde chaîne attachée aux chevilles, Byrd a été traîné sur quatre kilomètres et demi et est resté conscient durant la majeure partie de son calvaire. Il est mort décapité. Des morceaux de son corps ont été retrouvés tout le long de la route et les assassins ont jeté son torse devant un cimetière afro-américain. Un an seulement après les faits, Chantal Akerman consacrait un documentaire à cette histoire sordide et à ce crime racial toujours tristement d'actualité. Avant de se rendre à la cérémonie funéraire, de faire parler les habitants et un shérif qui explique les problèmes sociaux et raciaux de la ville, sa caméra se promène à la campagne et filme une nature paisible et pleine de sens. Les champs de coton, symboles éternels de l'esclavage, et les arbres dont les branches ont plié sous le poids des pendus. Un docu calme, peu bavard et glaçant.