Le liant, c'est encore et toujours The Guy, alias Rufus Mann alias Sinclair lui-même, sillonnant sur son vélo, en compagnie de son chien borgne, les quartiers de New York pour approvisionner en herbe ses clients. Prétexte pour entrer dans des intimités singulières, d'une déroutante familiarité tant elles jouent en permanence sur le fil du réel.
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Le liant, c'est encore et toujours The Guy, alias Rufus Mann alias Sinclair lui-même, sillonnant sur son vélo, en compagnie de son chien borgne, les quartiers de New York pour approvisionner en herbe ses clients. Prétexte pour entrer dans des intimités singulières, d'une déroutante familiarité tant elles jouent en permanence sur le fil du réel. Dans l'épisode d'ouverture de cette quatrième saison, Sinclair et Blichfeld ont osé un crossover difficilement appréciable pour qui ne connaît pas l'émission This American Life. Depuis plus de 25 ans, cette institution radiophonique, menée par la voix de son présentateur et producteur Ira Glass, chronique la vie comme elle va dans un mélange, pionnier à ses débuts, de documentaires radiophoniques, de reportages et de billets sonores, d'enquêtes et de témoignages, une forme narrative rythmée par les monologues de Glass composés d'une sage distance, d'un vent de chaleur humaniste aux accents ironiques. Cette fenêtre sur le quotidien américain, ses grandes tectoniques sociologiques et politiques, High Maintenance, qui lui est très familière, l'investit via le personnage de Yara, jeune productrice de l'émission qui, pour contrer son syndrome de l'imposteur et les quolibets de ses pairs, moissonne l'intimité de ses proches et de son couple à la recherche de sujets. Et elle risque gros, aveuglée par la perspective de l'échec professionnel. Dans un autre segment, un livreur de télégrammes, qui chante ses messages à leurs destinataires médusés, fait une entrée tonitruante dans une salle de bibliothèque, armé de ballons, d'une improbable dégaine drag et d'une touchante maladresse, qui se révélera bien plus fondée et poignante que l'impression caricaturale qu'elle laisse et la force comique qui l'irradie. The Guy circule entre ces histoires en portraits chinois, et adapte son braquet dans une fluidité narrative exquise: certaines révèlent de réelles intrigues complexes, quand d'autres déroulent des tranches de vie. De couples, de célibataires ou de fantaisies pures, elles font se rencontrer des trajets improbables sur la question du désir ou de son absence, de la vieillesse, de la solitude, des rythmes qui ne s'harmonisent jamais. Les attractions, les désastres et les rires s'enchaînent, reliés par cette trame de chanvre légère mais ferme, qui fait un merveilleux tissu social, bourré d'humour et de tendresse.