Printemps 2016. Benjamin Biolay est à l'aise dans le jardin ensoleillé de l'ICP, complexe de quatre studios invisibles depuis la grille d'entrée, sur une avenue ixelloise entre le boulevard Général Jacques et Flagey. Si BB décide d'y faire l'interview, c'est précisément parce qu'il y a enregistré une moitié de discographie et qu'il adore le lieu, fondé en 1979, ainsi que son proprio, John, la soixantaine à cheveux mi-longs (genre grand frère de Cali), partic...

Printemps 2016. Benjamin Biolay est à l'aise dans le jardin ensoleillé de l'ICP, complexe de quatre studios invisibles depuis la grille d'entrée, sur une avenue ixelloise entre le boulevard Général Jacques et Flagey. Si BB décide d'y faire l'interview, c'est précisément parce qu'il y a enregistré une moitié de discographie et qu'il adore le lieu, fondé en 1979, ainsi que son proprio, John, la soixantaine à cheveux mi-longs (genre grand frère de Cali), particulièrement avenant lorsqu'il fait visiter son hallucinante collection d'amplis, instruments et autres boîtes magiques. Également mis à la disposition des clients: l'équipement studio analogique -avec addition Pro Tools- où l'on trouve de la SSL 4000 G, de la Neve 88R et du vintage Neve et Siemens/Telefunken: si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez à l'ICP, il est probable que cela n'existe pas. Aucun mystère: la liste étourdissante du matos est visible on line -www.icpstudios.com- contrairement à l'atmosphère, exclusivement disponible sur place. Soit un dédale cossu de divers lieux loin du showing off parisien ou new-yorkais: on parle moins de la piscine indoor que des deux maisons de maîtres voisines transformées en logements stylés pour musiciens et des boiseries à l'abri de toute peoplisation. Sans oublier les ingés son maison (Phil, Michel, Erwin, Djoum) et la Hastryisation qui consiste à mettre tout le monde à l'aise en répondant à l'ensemble des requêtes son possibles et inimaginables. Very américain indeed et clé du succès sur les quasi 40 ans de carrière dans un marché de studios pros menacé par le home digital. Perso, on y a croisé dans les années 80 le vieux Moondog aveugle jouant des bongos devant un Stephan Eicher bluffé et un contingent chanson frenchie façon CharlElie Couture, Niagara ou Caroline Loeb. Dans d'autres circonstances, on aurait pu y partager un Chardonnay ou une côte de boeuf -dans l'impeccable resto intégré- avec The Cure, Pharrell Williams, Echo & The Bunnymen, The Stranglers, La Mano Negra, Bashung, Noir Désir, John Cale, David Byrne, dEUS, Jah Wobble, Julian Lennon, Papa Wemba ou Polnareff. À force de glander au bistrot Émile d'en face, ce dernier finira d'ailleurs par être repéré alors qu'il séjourne en 2014-2015 pendant 19 mois à l'ICP pour un album d'ailleurs toujours en attente.