Pas de bimbos, de lignes de coke, ni même d'alcool qui coule à flots. Loin de la débauche et des clichés, le backstage de Rock Werchter est bien sage en ce premier jour de festival. Seule attraction de ce début d'après-midi, Tim Commerford, le bassiste tout en tatouages et en muscles de Rage Against the Machine, joue au football américain et balance de longs ballons aériens. On est plus proches d'une cour de récré que du grand cirque sex drugs and rock'n'roll. Commerford n'est pas là pour la résurrection de Rage (guère du goût de Zack de la Rocha) ou le retour d'Audioslave (Chris Cornell s'est suicidé un mois et demi plus tôt). Il est là pour le premier gig belge des Prophets of Rage. Le supergroupe que Tom Morello, Brad Wilk et lui viennent de fonder avec B-Real de Cypress Hill, puis aussi DJ Lord et Chuck D de Public Enemy. Légalisation du cannabis, lutte contre la pauvreté, défense de la cause black, haro sur les flics et les banquiers... Il y en a de la lutte, du combat, de la légende dans les Prophets of Rage (le titre d'une chanson de Public Enemy). C'est même tout un pan contestataire en musique de la fin du XXe siècle qui s'agite. "Nous n'avons pas décidé d'avoi...

Pas de bimbos, de lignes de coke, ni même d'alcool qui coule à flots. Loin de la débauche et des clichés, le backstage de Rock Werchter est bien sage en ce premier jour de festival. Seule attraction de ce début d'après-midi, Tim Commerford, le bassiste tout en tatouages et en muscles de Rage Against the Machine, joue au football américain et balance de longs ballons aériens. On est plus proches d'une cour de récré que du grand cirque sex drugs and rock'n'roll. Commerford n'est pas là pour la résurrection de Rage (guère du goût de Zack de la Rocha) ou le retour d'Audioslave (Chris Cornell s'est suicidé un mois et demi plus tôt). Il est là pour le premier gig belge des Prophets of Rage. Le supergroupe que Tom Morello, Brad Wilk et lui viennent de fonder avec B-Real de Cypress Hill, puis aussi DJ Lord et Chuck D de Public Enemy. Légalisation du cannabis, lutte contre la pauvreté, défense de la cause black, haro sur les flics et les banquiers... Il y en a de la lutte, du combat, de la légende dans les Prophets of Rage (le titre d'une chanson de Public Enemy). C'est même tout un pan contestataire en musique de la fin du XXe siècle qui s'agite. "Nous n'avons pas décidé d'avoir un point de vue quel qu'il soit, retrace Commerford, bientôt quinquagénaire. On ne s'est pas réuni autour d'une idéologie. En se disant: voilà notre regard. Voilà où on en est politiquement. Rien de tout ça. On est juste des mecs dans le même état d'esprit qui créent des trucs ensemble."Casquette vissée sur la tête, Chuck D embraie: "On ne cherche pas à être le groupe génial d'un monde horrible. Ce sont les circonstances actuelles qui ont fait qu'on a senti nécessaire de monter ce projet. Je joue avec les cinq meilleurs mecs du monde. Et notre challenge, ça a été de traduire ça en allant enregistrer dans un studio. On a joué pas mal aux États-Unis. On trouvait que ça le faisait vraiment. C'est parti de là. Ca nous a poussés à écrire et à enregistrer douze chansons. On a vraiment fait naître une communauté créative. Quelque chose qu'on ne peut pas forcer. Un businessman peut mener un truc à son point culminant. L'exploiter autant que faire se peut. Mais quand tu nous enfermes dans une pièce tous ensemble, tu ne sais pas comment ça va se passer. Si on va s'entendre. Puis même si on s'entend, si on va être capable de concrétiser tout ça."En même temps, Public Enemy, Cypress Hill et leurs turbulents rejetons rockeurs de Rage Against the Machine sont un petit peu nés dans le même moule. "La première fois qu'on a rencontré les Public Enemy et qu'on a joué avec eux (début des années 90, ndlr), on était forcément excités mais on avait aussi vraiment la trouille à mort, se remémorent Brad et Tim. C'était génial d'ouvrir pour le groupe qu'on écoutait en boucles et puis aussi d'être acceptés dans la communauté hip-hop avant même d'être adoptés par celle du rock. Ce sont des groupes de rap qui ont commencé par nous prendre sous leur aile, par nous emmener avec eux sur les routes. House of Pain, Cypress Hill, Public Enemy..."Chuck D se souvient de la première fois où il a entendu Rage. D'une cassette, une démo, avec une allumette à l'intérieur. "Ça a attiré mon attention. Je me suis dit mais qui a bien pu faire ça? Et puis j'ai entendu ce bazar. Du métal avec du groove. Ce qui est quand même un truc super rare. En tout cas qui l'était dans les années 80. Imagine un accro au crack avec un flingue à côté de lui qui roule à 160 kilomètres/heures en passant sa tête par la fenêtre et en gueulant des chansons de la Motown. C'est comme ça que sonnait Zack de la Rocha à 20 ans. Dans ses mains, le micro devenait un couteau. Voilà ce que je me suis pris dans la tronche. Puis, on en parlait ensemble dans l'avion, le groove qui émanait de tout ça était vraiment énorme. Rage c'était le groove sous crack en train de pointer un flingue sur ta gueule et de t'aboyer dessus (il se lance dans une imitation). Ça a fait peur à beaucoup de gens. Et je comprends."Les Prophets of Rage ont en interview un discours assez formaté. Se produisent dans la plus grosse machine à fric du business musical belge. Et provoquent des petits sourires en coin quand ils interprètent sur scène le Jump Around de House of Pain. Ils n'en ont pas moins déjà joué lors d'un rallye de contestation en marge de la Convention nationale républicaine, pour aider une association de sans-abris et, faute de pouvoir se produire à l'intérieur comme prévu, en face de la prison de Norco, en Californie, lors d'un événement organisé par Wayne Kramer du MC5, très actif avec la musique dans le milieu carcéral. "On n'est pas le genre de types qui jouent comme des fonctionnaires devant des mecs qui ont payé pour venir les voir, commente Chuck D. On aime se montrer là où on pense devoir être. Personne dans ce groupe ne fait semblant. On est des vétérans. Ce que tu ressens doit guider tes actes. On veut prendre le temps de parler à un public dont personne n'a rien à foutre... Et dont il est trop facile de n'en avoir rien à foutre. Nous, on en a à foutre. Et on y va. Parfois dans de drôles d'endroits. On voulait jouer à l'intérieur de l'établissement pénitentiaire mais on n'a pas pu. Tim était tellement chaud qu'il voulait escalader les murs..." "On a reçu un coup de fil de Sacramento en dernière minute, disant que c'était pas possible, rebondit le bassiste. Que ça provoquerait une émeute. Donc on a joué dehors. Ce qui était cool. Même si pas assez..."L'engagement est là. La musique? Sans surprise. La rencontre du rock et du rap. De Rage et de ses héros. Puissante. Datée. Assez inégale aussi. Pour le clip de leur single Unfuck The World, les Prophets ont embauché Michael Moore. "Les images des gosses qui se protègent sous les bancs? C'est une vidéo connue de propagande américaine comme on en envoyait à la tête des gens dans les années 60. Pour l'instant, c'est le même bordel partout dans le monde."