Les néons de Cyberpunk 2077 devaient clignoter, cet hiver, comme un événement gaming hors pair. Attendu depuis huit ans, ce monde ouvert promettait de concrétiser, avec un réalisme sans précédent, les visions littéraires de William Gibson et d'assouvir les fantasmes -vieux de 30 ans- des fans du jeu de rôle papier dystopique du même nom. Le projet pharaonique devait également offrir une claque visuelle aux consoles de salon next-gen en manque de killer app. Exit le climax culturel, technique et commercial. Attaquée en justice par ses investisseurs, la superproduction des créateurs de The Witcher 3 a été r...

Les néons de Cyberpunk 2077 devaient clignoter, cet hiver, comme un événement gaming hors pair. Attendu depuis huit ans, ce monde ouvert promettait de concrétiser, avec un réalisme sans précédent, les visions littéraires de William Gibson et d'assouvir les fantasmes -vieux de 30 ans- des fans du jeu de rôle papier dystopique du même nom. Le projet pharaonique devait également offrir une claque visuelle aux consoles de salon next-gen en manque de killer app. Exit le climax culturel, technique et commercial. Attaquée en justice par ses investisseurs, la superproduction des créateurs de The Witcher 3 a été retirée du PlayStation Store et remboursée par certains magasins vu sa médiocrité technique. Ambition excessive? Inexpérience des FPS? Sortie précoce (le jeu souffre pourtant déjà d'un report de huit mois)? La déception ludique -toutes plateformes confondues- et le bide technique (sur old gen) de Cyberpunk 2077 relèvent sans doute de ces trois facteurs. Le constat est d'autant plus déplorable que l'édifice inachevé creuse comme nul autre le thème du transhumanisme. D'un(e) prostitué(e) coupant son cerveau le temps d'une passe à un mercenaire surmodifié à l'humanité incertaine, son open world se peuple de citadins et de nomades bardés d'implants. Suivant la trace de Syndicate et de Deus Ex, Cyberpunk 2077 se pose aussi la question de notre humanité à travers V, son protagoniste principal. La copie digitale de l'âme d'un ex-terroriste -habilement interprété par Keanu Reeves- gangrène lentement le cerveau de ce dernier. Entre apparitions surprises et enjeux méta, ce pitch évoque, non sans talent, Fight Club et Matrix. Difficile, toutefois, de pleinement s'attacher. Les personnages secondaires gravitant autour de V manquent beaucoup trop de cohérence. Panama Palmer, nomade exclue de son clan, devient, par exemple, trop rapidement familière avec notre héros. The Witcher 3 de CD Projekt explorait les zones grises de notre morale au fil d'un exercice de funambule vertigineux. Malgré son travail d'écriture, Cyberpunk 2077 est loin de l'égaler. Son volet ludique ne brille pas plus. La notion de choix, cruciale en jeu de rôle, n'impacte ainsi que timidement son univers. Du background de V aux réponses des dialogues, chaque décision se prend finalement distraitement, sans les conséquences d'un Fallout 3. Le monde ouvert basé à Night City ne soutient en outre, à aucun moment, la comparaison avec GTA V, pourtant âgé de sept ans. Son identité visuelle, certes stylée, est ternie par des bugs, un pilotage brouillon de véhicules et des passants aux comportements souvent abscons. Le gameplay vu à la première personne aligne enfin des routines, entre piratage (coucou Watch Dogs) et combats armés, vus mille fois ailleurs. Un coup d'épée dans l'eau d'autant plus regrettable que CD Projekt tenait ici une occasion unique: tendre un miroir plausible et interpellant de notre futur.